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Retour du Boeing 737 MAX : au-delà de la réputation de Boeing en jeu

De nos jours, il est difficile d'imaginer un temps sans masques en magasin. Il y a pourtant à peine trois ans, Boeing incarnait la fiabilité absolue et dominait l'industrie aéronautique mondiale.

Deux accidents tragiques ont tout changé : fin 2018 avec Lion Air en Indonésie, puis en mars 2019 avec Ethiopian Airlines. La flotte mondiale de Boeing 737 MAX a été clouée au sol. L'avionneur de Seattle a fait face à de multiples enquêtes, auditions au Congrès et poursuites judiciaires pour des millions de dollars. Sa réputation irréprochable en a pâti durablement.

Paradoxalement, la pandémie a redistribué les cartes. Toute l'industrie aérienne est en crise, Airbus n'a pas su creuser l'écart avec ses A320 sur le segment des monocouloirs. L'aviation à l'arrêt permet à Boeing de réintroduire le 737 MAX discrètement.

Le 27 janvier 2021, l'EASA a recertifié l'avion. « Avec les restrictions de voyage, nous prévoyons une mise en service fin février, mais théoriquement, il peut déjà voler », déclarait André Berger, directeur des opérations aériennes chez TUI fly. Le 17 février, premier vol. TUI fly dispose de sept 737-800 MAX immobilisés aux Pays-Bas et en Belgique, avec un plan de remplacement progressif de sa flotte 737.

Mille vols sans incident

La réintroduction par les compagnies témoigne des mesures prises par Boeing pour renforcer la sécurité, centrées sur le logiciel MCAS impliqué dans les crashes.

Les pilotes du vol Lion Air JT610 (29 octobre 2018) ont été surpris par un piqué intempestif post-décollage. Un capteur défaillant a trompé l'ordinateur, activant MCAS pour contrer un supposé décrochage.

« Lorsque nous avons introduit le MAX il y a plus de trois ans, les pilotes sont allés chez Starbucks une heure pour lire un document de 40 pages. »

Moins d'un an plus tard, le 10 mars 2019, un second crash en Éthiopie : même scénario avec MCAS réagissant à un capteur erroné.

Initialement, MCAS visait à uniformiser la pilotage avec le 737 NG malgré les nouveaux moteurs, évitant une recertification coûteuse et une formation étendue.

Désormais, la donne a changé. American Airlines et Gol Airlines ont repris l'exploitation en décembre 2020. « Avant, un document de 40 pages ; aujourd'hui, 140 pages plus 2 heures de simulateur pour capitaines, copilotes et instructeurs », explique Dennis Tajer (Allied Pilots Association).

Chez Gol, 130 pilotes formés : « Ils savent que les problèmes logiciels sont résolus. Un millier de vols sans incident. Tous veulent piloter le MAX », selon Marcelo Ceriotti (Aeronavegantes).

Manque de transparence initial

La formation inclut des listes de contrôle non normales pour capteurs défaillants. « MCAS mis à jour ne s'active plus ; il passe en mode veille », assure Tajer.

Boeing a revu MCAS : connexion à deux capteurs, activation unique (et non répétée), intégration à la compensation de vitesse (stabilisateur automatique).

« Toute la débâcle révèle un manque de transparence effroyable. »

Les pilotes sont désormais briefés pleinement, contrairement au passé où ils étaient exclus des évolutions techniques. Un incident pré-crash Lion Air (28 octobre 2018) montre qu'une équipe informée peut dominer MCAS – et souligne les failles internes chez certaines compagnies.

Retour du Boeing 737 MAX : au-delà de la réputation de Boeing en jeu

Philosophie Boeing vs Airbus

Certains pilotes Boeing restent méfiants. « Boeing met le pilote aux commandes ; Airbus privilégie l'autonomie. Le MAX a dévié de cette ligne avec MCAS interventionniste », analyse Wouter Dewulf (Université d'Anvers).

Pour autant, Dewulf approuve le retour : plus économe (14 % carburant en moins), silencieux (40 % réduction), confortable (fenêtres plus grandes, plus d'espace bagages).

« Un troisième accident serait fatal, mais les investissements sont massifs. FAA et EASA ont tout à perdre. »

« Un pilote Boeing retrousse plus ses manches qu'un pilote Airbus. »

Sondage Luchtvaartnieuws.nl (décembre 2020) : 54 % prêts à embarquer, 25 % attendent, 21 % refusent. Les agences notent peu d'inquiétudes : la compagnie prime sur le type d'avion.

Reprendre confiance

Stijn (38 ans, client TUI fly) : « Je ne volerai plus avec le MAX. Pas envie d'être cobaye. » Les compagnies ne garantissent pas le type d'appareil.

Joris Melkert (TU Delft) : « La confiance se reconstruit lentement. Les autorités veillent. » Exemple : A320 Airbus, crash en 1988, devenu best-seller (15 200 commandes).

Espoir pour Boeing

Pas de relancement marketing bruyant. American Airlines offre des changements gratuits ; TUI fly priorise l'Europe.

Cet article paraît aussi dans le numéro de mars d'Eos.

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