Le dernier rapport du GIEC sur le climat, présenté lundi dernier, met en lumière les enjeux pour les Pays-Bas. Le pays devra mener une lutte acharnée pour l'eau : comment empêcher l'intrusion d'eau salée et préserver l'accès à l'eau douce ?
Tout ira bien. Le rapport du GIEC sur le climat, dévoilé au Japon lundi dernier, rassure relativement les Pays-Bas et la Belgique par rapport à d'autres régions comme l'Afrique. Ces pays resteront habitables malgré le réchauffement, du moins dans les décennies à venir. Néanmoins, une bataille pour l'eau s'impose : il faut barrer la route à l'eau salée et favoriser l'arrivée d'eau douce.
Le changement climatique entraîne une élévation du niveau de la mer, un défi que les Néerlandais relèvent historiquement avec brio grâce à leurs digues emblématiques. Cependant, le rapport des Nations Unies souligne l'accroissement des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les tempêtes plus fréquentes. Celles-ci génèrent des ondes de tempête en mer du Nord, difficiles à maîtriser. L'érosion côtière réduit les plages tampon, alors que les infrastructures côtières se multiplient. Le GIEC préconise une défense maritime moderne pour protéger ces zones.
Un défi souterrain persiste : l'élévation marine propage l'eau salée en profondeur, salinisant les nappes phréatiques et rendant l'eau impropre à l'agriculture et à la consommation. Dans les régions côtières, la "lentille" d'eau douce sur l'eau salée s'amenuise sous l'effet de l'intrusion marine et de la surexploitation. Dans les basses terres, les eaux se mélangent.
Aujourd'hui, on combat la salinisation de surface en rinçant les fossés à l'eau douce, mais cette méthode perd en efficacité lors des sécheresses. L'adaptation agricole est essentielle : privilégier des cultures tolérantes au sel comme les graminées, céréales ou betteraves sucrières, au détriment des arbres et bulbes sensibles. Développer des variétés résistantes au sel est prometteur. Par ailleurs, les océans s'acidifient sous l'effet du CO2 absorbé, favorisant certaines espèces marines mais menaçant coraux et crustacés. Le réchauffement océanique accélère les migrations d'espèces en mer du Nord.
Entièrement construit
Les inondations menacent aussi l'intérieur des terres. Le GIEC anticipe plus de précipitations hivernales en Belgique et aux Pays-Bas, augmentant les risques comme ceux observés récemment dans le sud de l'Angleterre. Les crues fluviales causent plus de dégâts en raison de l'urbanisation des zones à risque. La solution : "donner de l'espace aux rivières", via une meilleure perméabilisation urbaine ou des plaines d'inondation contrôlées.
La Flandre déploie le plan Sigma avec des plaines inondables sur l'Escaut ; à Anvers, les digues sont rehaussées de 90 cm. Les Pays-Bas, experts en la matière, construisent des digues plus hautes, selon Willem Ligtvoet de l'Agence néerlandaise d'évaluation environnementale. "Pour le Rhin, nos voisins de l'Est sont plus vulnérables en raison de digues plus basses."
Sécheresse
En été, les précipitations chuteront jusqu'à 70 % dans les scénarios extrêmes, combinées à une absorption limitée des averses intenses. La végétation souffrira, menaçant forêts, agriculture et navigation fluviale. Le GIEC prévoit une baisse significative des nappes en Belgique d'ici fin de siècle, alors que la moitié de l'eau potable provient du sous-sol, déjà surexploité. Des mesures de restauration sont en cours, mais la demande croissante complique la donne. Aux Pays-Bas, restrictions et entretien des digues seront prioritaires.
Algues
Une irrigation optimisée pourrait aider, mais la qualité de l'eau se dégradera : habitats fragmentés, prolifération d'algues due à la chaleur estivale, au détriment de la biodiversité aquatique.
Cet article est également paru dans l'Eos Weekblad sur iPad et Android.