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Glyphosate : cancérigène probable ? L’UE débat de sa prolongation d’autorisation pour 15 ans

La Commission européenne évalue si l’herbicide glyphosate pourra encore être utilisé pendant les 15 prochaines années.

Le glyphosate est l’un des herbicides les plus répandus au monde. Commercialisé sous le nom de « Roundup » par Monsanto dans les années 1970, il est désormais présent dans de nombreux produits depuis l’expiration de son brevet. Sa popularité s’explique par sa simplicité d’utilisation : il élimine à la fois les graminées et les dicotylédones. Apprécié des agriculteurs et des particuliers pour entretenir jardins et allées, son usage a explosé avec l’introduction de cultures génétiquement modifiées résistantes au glyphosate.

L’autorisation européenne expire cette année. Le Comité permanent des végétaux, animaux, denrées alimentaires et aliments pour animaux de l’UE se réunit lundi et mardi pour trancher sur une prolongation de quinze ans.

Une décision sensible, tant la toxicité du glyphosate suscite des controverses.

Cancérigène ou non ?

En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS a classé le glyphosate comme « probablement cancérigène » (groupe 2A), aux côtés de la viande rouge. La viande transformée est en groupe 1 (« cancérigène »), tandis que le travail de nuit ou de coiffeur figure aussi en 2A.

Comment le CIRC est-il parvenu à cette conclusion ?

Après analyse d’études sur agriculteurs et professionnels exposés, le CIRC note des preuves « limitées » d’un lien avec le lymphome non hodgkinien chez l’humain. Chez l’animal, les preuves sont « suffisantes » pour un effet cancérigène, avec des données « solides » sur les dommages à l’ADN. Cependant, d’autres études, dont une large cohorte de 50 000 agriculteurs américains, ne montrent pas de lien clair.

Surprenant : en novembre 2015, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu que le glyphosate « ne présente probablement pas de risque cancérigène pour l’homme ».

Les divergences scientifiques sont courantes : évaluation de la qualité des études et interprétation des résultats varient. Le CIRC identifie un danger potentiel (à haute dose), tandis que l’EFSA évalue le risque réel en tenant compte de l’exposition.

Polémique entre experts

La conclusion de l’EFSA a suscité des critiques virulentes. Fin 2015, Christopher Portier (CIRC) et 96 scientifiques ont écrit au commissaire Vytenis Andriukaitis, dénonçant une évaluation « erronée », opaque et biaisée par des études industrielles non publiées. Le CIRC privilégie les publications peer-reviewed.

L’EFSA a répliqué, tout comme son directeur Bernhard Url face au CIRC, évoquant une « science Facebook ». La Commission européenne fait confiance à l’EFSA et invite à clarifier les divergences. Une réunion est prévue.

Quelle suite ?

Une décision est attendue en début de semaine. Des sources indiquent une probable prolongation, malgré des oppositions possibles des États membres. Aux Pays-Bas, le Parlement appelle à voter contre.

Christopher Portier insiste : « À dose élevée, le risque cancérigène existe. L’UE devrait l’interdire. » Lode Godderis (KU Leuven) nuance : le label « cancérigène » signale un danger, mais le risque dépend de l’exposition. Des traces sont détectées dans l’eau, le pain et la bière.

Alternatives ? La France a interdit l’usage particulier ; les Pays-Bas limitent les surfaces pavées. Des méthodes comme l’eau ou l’air chaud existent pour les zones urbaines. En agriculture (principal usage : 600 t en Belgique en 2014), le désherbage mécanique progresse mais reste coûteux. Une interdiction pourrait stimuler l’innovation, sans exclure un recours à d’autres herbicides.

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