Les populations de mammifères et d'oiseaux sont respectivement 83 % et 58 % moins abondantes dans les zones tropicales soumises à la chasse.

La chasse constitue une menace majeure pour la faune tropicale. Une équipe internationale de scientifiques a quantifié cet impact à grande échelle pour la première fois, dans une étude publiée dans la revue Science.
Les chercheurs ont analysé les données de 176 études, couvrant la répartition de 97 espèces d'oiseaux et 254 espèces de mammifères en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique. Ces données ont permis de comparer les densités entre zones chassées et non chassées.

Les résultats révèlent une corrélation nette : les populations de mammifères et d'oiseaux sont 82 % et 53 % moins importantes dans les zones de chasse. Un lien clair existe aussi avec la proximité des routes, villages et marchés : jusqu'à 7 km pour les oiseaux, et 40 km pour les mammifères. « Les mammifères sont plus prisés car souvent plus gros et fournissant plus de viande », explique Ana Benítez-López, de l'Université de Nimègue, qui a dirigé l'étude. « Plus l'animal est grand, plus le chasseur est prêt à s'éloigner. »

L'extension des routes pour l'exploitation forestière et l'urbanisation rend les zones isolées accessibles aux chasseurs, entraînant le « syndrome de la forêt vide » où le gibier disparaît presque entièrement. La chasse commerciale a un impact plus fort que la chasse de subsistance, surtout près des grandes villes.
Les réserves naturelles offrent une protection limitée : bien que les densités y soient plus élevées, l'effet négatif de la chasse persiste, probablement dû à la chasse illégale par les riverains, selon Benítez-López.
Les auteurs appellent à créer plus de zones protégées efficaces et à promouvoir des alternatives économiques pour les communautés dépendantes de la chasse.
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