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Détectives moléculaires : l'ADN au secours de la lutte contre le braconnage des éléphants

Les analyses ADN d'excréments et d'ivoire d'éléphant aident à combattre efficacement les braconniers.

Détectives moléculaires : l ADN au secours de la lutte contre le braconnage des éléphants

Chaque année, environ 50 000 éléphants – soit 10 % de la population africaine – sont tués pour leur ivoire. Il est urgent d'intensifier la traque des braconniers grâce aux analyses ADN d'excréments et d'ivoire.

Au début des années 1990, le commerce illégal de défenses semblait en voie de disparition après le massacre des années 1980. Une interdiction totale des produits d'éléphant a été instaurée, soutenue par des fonds européens et américains pour surveiller les éléphants dans les pays tropicaux. Mais ces financements ont diminué tandis que la demande d'ivoire explosait avec la croissance économique en Asie de l'Est.

Cette conjoncture a relancé le trafic illégal. Depuis dix ans, plus d'éléphants sont abattus annuellement qu'en 1980. En 2011, 40 à 41 tonnes d'ivoire ont été saisies – probablement 10 % seulement de la production. En 2013, ce chiffre a grimpé à 51 tonnes, suggérant plus de 50 000 éléphants tués cette année-là. Des chiffres alarmants alors qu'il ne reste que 400 000 à 700 000 éléphants sauvages en Afrique.

Détectives moléculaires : l ADN au secours de la lutte contre le braconnage des éléphants

À ce rythme, l'espèce risque l'extinction rapide. Fournir un garde du corps à chaque éléphant est impossible, comme l'illustre le sort des rhinocéros. Le suivi des carcasses est ardu, et la motivation des pays et rangers limitée. Identifier l'origine de l'ivoire saisi est donc crucial.

C'est la mission du biologiste Samuel Wasser et de son équipe au Center for Conservation Biology de l'Université de Washington à Seattle, depuis des années. Une étude récente publiée dans Science, en collaboration avec William Clark d'Interpol, analyse 28 saisies majeures d'ivoire (plus de 500 kg chacune) des 20 dernières années. Les échantillons couvrent désormais 61 % des saisies récentes, contre 20 % en 1996-2005.

Détectives moléculaires : l ADN au secours de la lutte contre le braconnage des éléphants

Pour localiser les origines, Wasser a comparé l'ADN de l'ivoire à celui de 1 350 excréments collectés dans toute l'Afrique. Les chercheurs se concentrent sur 16 microsatellites – régions non codantes de l'ADN évoluant librement, révélant les liens de parenté et les provenances géographiques.

Détectives moléculaires : l ADN au secours de la lutte contre le braconnage des éléphants

Ces analyses révèlent des points chauds du braconnage : l'ivoire des éléphants de forêt provient majoritairement de la zone transfrontalière Tridom (Gabon, Cameroun, RDC). Celui des éléphants de savane vient quasi exclusivement de Tanzanie, notamment la réserve de Selous (patrimoine UNESCO) et, de plus en plus, Ruaha et Rungwa. Il est impératif d'intensifier les efforts en Tanzanie.

Ce pays a récemment plaidé pour lever l'interdiction du commerce d'ivoire, arguant de stocks légaux. Wasser s'y oppose : cela risquerait de relancer la demande et de permettre un mélange frauduleux d'ivoire illégal.

La solution ? Renforcer la police des parcs, punir sévèrement les réseaux criminels internationaux (peines de prison rares, amendes dérisoires face aux profits). L'Europe peut contribuer via des contrôles portuaires accrus et un soutien financier/logistique aux pays affectés.


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