Le recyclage des déchets issus de la pêche et de la production de biocarburants renforce les plantes, les rend plus vigoureuses et plus saines pour la consommation humaine, tout en réduisant drastiquement l'usage de pesticides.
En agriculture flamande, jusqu'à 2 900 tonnes de pesticides sont utilisées annuellement pour protéger les cultures contre les bactéries et champignons pathogènes. Ces substances polluent l'air, les rivières et les sols, et se retrouvent sur nos aliments. Par exemple, un barquette de fraises peut contenir de 8 à 14 résidus de pesticides ingérés à notre insu.
Les légumes-feuilles comme la laitue et les épinards sont souvent contaminés par des bactéries pathogènes telles que la Salmonella. Leur consommation expose à un risque d'infection provoquant des symptômes grippaux intestinaux.
Pour préserver l'environnement, les plantes et la santé humaine, de nouveaux amendements sont testés en agriculture. Les résidus de biocarburants (biochar) et de pêche (chitine) s'avèrent particulièrement prometteurs. Ajoutés au sol, ils améliorent sa qualité et sa vie microbienne, favorisant des plantes plus robustes et résistantes aux pathogènes. Un sol sain produit des plantes saines.
La pyrolyse des déchets ligneux pour produire des biocarburants en anaérobie génère du biochar, un charbon riche en carbone, nutriments et capable de retenir l'eau dans le sol. Idéal pour l'agriculture.

Contrairement aux engrais classiques, le biochar booste non seulement la croissance mais augmente aussi la production de fruits comme les fraises. Il retarde l'apparition de la pourriture grise en réfrigération, prolongeant leur conservation au bénéfice des producteurs et consommateurs.
Comment ? Le biochar stimule les bactéries bénéfiques autour des racines : elles fournissent des nutriments, inhibent les pathogènes et activent les défenses naturelles des plantes contre les attaques aériennes et souterraines. Résultat : plantes plus fortes sans pesticides.
Les carapaces de crabe, riches en chitine, sont des résidus abondants de la pêche. Broyées et incorporées au substrat, elles favorisent des laitues plus volumineuses.
Elles stimulent bactéries et champignons symbiotiques qui décomposent la chitine en nutriments assimilables, boostant la croissance.

Bonus : elles réduisent la survie de la Salmonella sur les légumes-feuilles, limitant les risques d'infections (diarrhée, fièvre, douleurs abdominales, voire septicémie). Un atout majeur pour la santé publique.
Recycler biochar et chitine dans l'agriculture pave la voie d'une production sans pesticides. Des essais en cours optimisent dosages et conditions d'emploi.

Bientôt, tracteurs chargés de ces amendements naturels rendront nos sols et aliments plus sains.
Caroline De Tender (Biotechnologie, UGent / ILVO) a été nominée pour la Flemish PhD Cup 2017 pour ses travaux sur ces alternatives aux pesticides.