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Neige et saisons de chasse : un risque mortel multiplié par six pour les loups gris du Wisconsin

Dans le Wisconsin, le braconnage des loups gris s'intensifie avec les conditions hivernales enneigées et les saisons de chasse aux autres grands gibiers, selon une analyse récente.

Les chercheurs ont analysé trois décennies de données de suivi des loups et observé une hausse du braconnage lors des périodes neigeuses, où les traces sont plus visibles. Lorsque ces conditions coïncident avec les chasses au cerf et aux grands mammifères, le taux de braconnage est multiplié par plus de six. Ces résultats, publiés le 2 février dans Rapports scientifiques, soulignent l'urgence de renforcer les protections des loups.

"Un loup dans le Wisconsin a plus de chances de mourir par braconnage que par toute autre cause", explique Francisco J. Santiago-Ávila, responsable scientifique chez Project Coyote, organisation à but non lucratif basée en Californie et co-auteur de l'étude. Le braconnage est pourtant souvent sous-estimé dans les estimations de population qui guident les quotas de chasse et les protections. "Les agences étatiques doivent cibler ces périodes de forte activité cynégétique, où le braconnage explose", ajoute-t-il.

Les loups gris occupaient autrefois de vastes étendues d'Amérique du Nord, mais ont été pourchassés jusqu'à l'extinction aux États-Unis au XIXe et début XXe siècle. Protégés par la loi sur les espèces en péril depuis les années 1970, ils ont vu leur statut revu en octobre 2020 par l'administration Trump, qui les a retirés de la liste dans les 48 États contigus. Cela a entraîné une chasse accrue au Wisconsin, réduisant la population de 27 à 33 %, selon Santiago-Ávila et ses collègues. Six tribus amérindiennes et des groupes environnementaux ont saisi la justice pour bloquer une nouvelle chasse en novembre. Un juge a suspendu celle-ci en octobre, le temps que le Département des ressources naturelles finalise un nouveau plan de gestion d'ici juin.

Des études antérieures confirment que le braconnage est la principale cause de mortalité des loups aux États-Unis, s'amplifiant après assouplissement des protections. Motivations : protection du bétail, hostilité envers les prédateurs, ou concurrence perçue avec les chiens de chasse au cerf et à l'ours.

Cette recherche porte sur les années où les loups étaient encore classés en voie de disparition. L'équipe a exploité les données du Département des ressources naturelles du Wisconsin sur 495 loups équipés de colliers radio de 1979 à 2012.

Pour identifier les périodes à risque, les scientifiques ont corrélé les taux de braconnage aux conditions météo et activités humaines : saisons de chasse au cerf/ours, entraînements canins. Ils ont comptabilisé les carcasses récupérées et les disparitions de signaux (souvent dues à la destruction des colliers par les braconniers), selon Adrian Treves, écologiste à l'Université du Wisconsin-Madison et co-auteur.

Le braconnage diminue de mi-avril à début juillet, sans neige ni chasse. "Les loups adultes bénéficient d'une pause : moins détectables, moins d'humains aux alentours", note Santiago-Ávila.

À l'inverse, il double fin hiver-début printemps (neige persistante, chasse terminée). Mais fin automne-début hiver, avec neige et chasse, il explose de plus de 650 %.

Les disparitions augmentent de plus de 50 % en période neigeuse post-chasse, et modérément de juillet à janvier. Les braconniers trafiquent moins les colliers quand le terrain est moins fréquenté, présume Treves.

Ces découvertes montrent que, même protégés, neige et chasse favorisent le braconnage. Explications : plus d'opportunités pour les braconniers (couverture des chasses légales) ; mais aussi risque accru de détection, incitant à abandonner les colliers intacts.

Retirer les loups de la liste et autoriser la chasse légale peut signaler une tolérance accrue, enhardissant les braconniers, avertit Santiago-Ávila.

Outre limiter la chasse, des patrouilles forestières dissuasives sont recommandées, comme prouvé fin des années 1990 au Wisconsin.

"Le braconnage est une cause majeure de mortalité des grands prédateurs, mais cette étude quantifie précisément ses pics saisonniers avec un vaste jeu de données", commente Andrés Ordiz, biologiste à l'Université de León (Espagne).

"Ces résultats alertent sur les risques accrus pendant les chasses légales et plaident pour un renforcement policier afin de protéger les carnivores menacés", renchérit Lisette Waits, Université de l'Idaho.

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