FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Pandémie de COVID-19 : cimetières surchargés et pollution accrue aux métaux lourds

La vague Omicron a provoqué une hausse dévastatrice des décès aux États-Unis, avec plus de 900 000 morts dues au COVID-19 au 4 février. Au Brésil et en Inde, les décès ont augmenté de 167 % et 136 % respectivement ces deux dernières semaines.

La pandémie a causé plus de 5,7 millions de décès mondiaux. Salons funéraires, cimetières de masse et crématoriums sont débordés. En avril, à São Paulo, des fossoyeurs ont exhumé d'anciennes tombes pour inhumer des milliers de victimes quotidiennes du COVID.

Les chercheurs soulignent que les cimetières constituent une source négligée de contamination des sols par les métaux. Avec la prolongation de la pandémie, cette pollution pourrait atteindre des niveaux critiques, menaçant les eaux souterraines.

Lors de la putréfaction, les corps libèrent plusieurs litres d'eau et une variété de métaux lourds dans un lixiviat gris-brunâtre.

Ce lixiviat contient environ 60 % d'eau, 30 à 40 % de sels minéraux, et 10 % de substances organiques et métaux comme le calcium, chrome, fer, manganèse et plomb. Un corps met jusqu'à trois ans à produire ce lixiviat, qui s'infiltre ensuite dans le sol.

Letícia Rocha Goncalves, biologiste à l'Université d'État de São Paulo, a analysé ce lixiviat. Ses travaux, publiés dans Environmental Science and Pollution Research, révèlent que l'explosion des décès COVID transforme les cimetières urbains en menaces environnementales majeures.

"La demande accrue d'inhumations pendant la pandémie expose à des dommages environnementaux graves", explique-t-elle à Popular Science. "Des politiques urgentes sont nécessaires pour atténuer ces risques."

Les corps embaumés, traités au formaldéhyde, nitrate de potassium et chrome, libèrent arsenic et autres métaux dans le lixiviat. Implants orthopédiques, obturations dentaires et stimulateurs cardiaques aggravent le problème.

Les cercueils en acier et bois traité libèrent zinc, aluminium et cuivre par corrosion.

Climat, précipitations et températures influencent l'accumulation de ces métaux. Les cimetières en zones humides et chaudes sont les plus vulnérables.

Risques de l'urbanisation non planifiée et pollution des eaux souterraines

Selon une étude dans Environment, Development, and Sustainability, les quartiers à moins de 500 mètres des cimetières risquent une exposition élevée aux métaux lourds.

"Les cimetières ne sont pas en cause", précise Alcindo Neckel, ingénieur environnemental à l'IMED au Brésil.

Initialement isolés, les cimetières sont désormais entourés par l'urbanisation galopante, exposant des villes comme Ho Chi Minh (Vietnam) ou Tshwane (Afrique du Sud).

"Le secteur immobilier cible ces zones malgré les risques", note Neckel.

Son équipe a analysé 180 échantillons de sol dans trois cimetières de Carazinho (Brésil), révélant des niveaux de chrome et plomb à 110 % des seuils acceptables (70 %), avant même la pandémie.

Le plomb, neurotoxine, endommage le cerveau des enfants et cause hypertension, lésions rénales et troubles reproductifs chez les adultes. Le chrome provoque irritations, troubles pulmonaires et cancers (EPA).

L'OMS recommande 350 mètres des sources d'eau et 2 mètres au-dessus de la nappe phréatique, mais une étude de 2021 dans Environmental Geotechnics juge cela insuffisant.

"Un corps de 70 kg libère 13 kg de lixiviat. Multipliez par des centaines : sols et nappes contaminés", alerte Neckel. "Problème de santé publique et économique : les morts empoisonnent les vivants."

Le besoin croissant de cimetières verticaux

Aux États-Unis, les crémations augmentent, mais les inhumations restent à 36,6 % en 2021 (vs 45,2 % en 2015). Des solutions existent pour minimiser les impacts.

Goncalves et Neckel préconisent des systèmes de drainage sous les tombes. "Évaluez les sites avant inhumation", conseille Goncalves.

La pandémie accélère le besoin de cimetières durables avec fosses septiques pour traiter le lixiviat.

"Traitez-le comme des effluents industriels", insiste Neckel.

Les cimetières verticaux, comme le Memorial Necropole Ecumenica à Santos (Brésil, 32 étages), traitent efficacement le lixiviat. "100 % des inhumations en structures verticales pour protéger sols et communautés", conclut Neckel.

[]