Un milliardaire russe investit 100 millions d'euros dans la quête de vie extraterrestre. Malgré des décennies d'efforts, l'institut SETI n'a pas encore détecté de signal d'E.T.

Le milliardaire russe Yuri Milner, investisseur internet, injecte près de 100 millions d'euros dans la recherche de vie extraterrestre via son initiative Breakthrough Listen. Pendant dix ans, des astronomes du monde entier scanneront intensivement l'univers à la recherche de signes d'intelligence extraterrestre.
Cet investissement n'étonne pas : Milner détient un doctorat en physique théorique. Le physicien renommé Stephen Hawking soutient pleinement le projet, qui ciblera environ un million d'étoiles proches de la Terre.
La recherche d'intelligence extraterrestre est plus pertinente que jamais. Les scientifiques estiment que des milliards de planètes se situent dans la zone habitable – la "zone de Goldilocks" – de leur étoile, idéale pour la vie comme sur Terre. Pourtant, depuis plus de 50 ans, les chercheurs de l'institut américain SETI scrutent le ciel sans succès.
Où est E.T. ?
Dans les années 1950, les OVNI faisaient les gros titres. Le physicien italien Enrico Fermi, contributeur au projet de la bombe atomique, posa la question lors d'un déjeuner : "Où sont les extraterrestres ?"
Son raisonnement : la Voie lactée compte des milliards d'étoiles, rendant probable l'existence de civilisations avancées sur d'autres planètes habitables. Avec des milliers ou millions d'années d'avance, elles auraient colonisé la galaxie. Fermi conclut rhétoriquement : "Où sont-ils ?"
Les scientifiques rechignent à admettre que la vie intelligente soit unique à la Terre. Les avancées en évolution et cosmologie ont relativisé notre place centrale dans l'univers. Pourquoi nos télescopes ultra-sensibles ne détectent-ils aucun signe ?
En 1961, l'astronome Frank Drake formalisa le paradoxe de Fermi dans son équation éponyme, estimant le nombre de civilisations communicantes dans la galaxie. Il proposa environ dix civilisations actives à l'époque – mais les résultats varient selon les paramètres. Drake se demanda aussi : pourquoi ne les entendons-nous pas ?
Ce "paradoxe de Fermi" inspira de nombreuses théories. Carl Sagan évoqua un possible "pacte galactique" protégeant les civilisations naissantes. D'autres nient simplement l'existence d'autres vies intelligentes.
Celui qui cherche trouve
Plutôt que spéculer, mieux vaut chercher activement. Frank Drake et Carl Sagan fondèrent l'institut SETI en 1984 en Californie (SETI : Search for Extraterrestrial Intelligence). Depuis un demi-siècle, ses chercheurs utilisent des radiotélescopes comme celui d'Arecibo (Porto Rico, vu dans GoldenEye) pour traquer des signaux extraterrestres.
Ces instruments ne sont pas dédiés à SETI, financé par dons privés depuis 1993 (après un soutien initial de la NASA). Ils ont mené des centaines de campagnes sans résultat concluant.
Presque un contact
Des faux espoirs ont surgi, comme en 1997 : un signal persistant de YZ Ceti (12 années-lumière) excita les équipes. Seth Shostak, vétéran SETI, se souvient du chaos : alerter la presse ou le gouvernement ? Rappelant le "pulsar" britannique de 1967 (initialement suspecté d'origine extraterrestre), ils vérifièrent. Hélas, c'était la sonde SOHO.
La Voie lactée abrite 11 milliards de planètes semblables à la Terre.
Shostak, 72 ans lors de l'interview à l'AAAS (février 2015), a écrit Confessions of an Alien Hunter sur ces quasisuccès.
Les exoplanètes ravivent l'espoir
SETI persévère : "On écoute intensément une petite zone brièvement, puis on change", explique Shostak. Un signal ponctuel peut être manqué.
Si un signal n'est pas constant, on risque de le rater.
Les découvertes d'exoplanètes (Kepler : 20 % des étoiles solaires ont une planète Terre-like en zone habitable ; 11 milliards dans la Voie lactée) boostent le moral. SETI envisage d'envoyer des signaux actifs vers 82 années-lumière.
Douglas Vakoch prépare des messages radio ; Shostak préfère lasers pour rapidité.
Que dire à E.T. ?
Contenu à débattre : pas juste "Salut !". Éviter infos sensibles. Mieux que les plaques Pioneer (1970s, coordonnées Terre + humains nus) ou message Arecibo 1974. Shostak rêve d'envoyer Internet entier – histoire, culture... et porno. David Brin alerte : et si ça attire des envahisseurs ? Hawking compare à la conquête des Amériques.
Un débat mondial sous ONU s'impose, conclut Brin : pourquoi E.T. se tait-il ?
Cet article a été publié dans Eos 5, 2015.