Avec cet instrument, les astronomes ambitionnent de mesurer les émissions radio des premières étoiles et galaxies formées juste après le Big Bang.

Des chercheurs de l’Université Radboud, d’ASTRON et de la société ISIS à Delft développent un instrument novateur qui sera embarqué sur un satellite chinois vers la face cachée de la Lune en 2018. Cet équipement permettra de capter les émissions radio des premières étoiles et galaxies post-Big Bang. L’Office spatial néerlandais (NSO) et l’agence spatiale chinoise CNSA ont signé un accord de coopération à Pékin, suite à un protocole d’accord (MOU) de 2015.
Cette antenne représente le premier instrument scientifique néerlandais à bord d’une mission spatiale chinoise, ouvrant un nouveau chapitre en radioastronomie. « Des questions essentielles sur l’origine de l’Univers trouveront des réponses grâce à cet outil », déclare Gert Kruithof d’ASTRON. « Nous entrons dans une nouvelle ère de l’astronomie. »
Les astronomes de l’Université Radboud, Heino Falcke et Marc Klein Wolt, conseillers scientifiques du projet, y travaillent depuis des années. « Cet instrument est le précurseur d’un futur radiotélescope spatial, comme un LOFAR près de la Lune », explique Klein Wolt, directeur du Radboud Radio Lab. « Il cartographiera l’évolution des premières structures cosmiques, révélant la formation des premières étoiles et galaxies. »
Albert-Jan Boonstra, responsable de programme chez ASTRON, ajoute : « Nous mettons à profit notre expertise sur Westerbork, LOFAR et le Square Kilometre Array. » La société aérospatiale ISIS, spécialiste des systèmes satellitaires innovants, assurera l’intégration de l’instrument sur le satellite Chang’e-4.
Pourquoi la face cachée de la Lune ? Heino Falcke précise : « Les radioastronomes observent l’Univers via des ondes radio invisibles à l’œil nu, émises par étoiles et planètes. Sur Terre, les fréquences inférieures à 30 MHz sont bloquées par l’ionosphère. C’est là que résident les signaux de l’Univers primitif que nous visons. »
Les mesures de cette antenne néerlandaise sur satellite chinois offriront une vue inédite sur le développement des premières structures cosmiques.
Ce spectre radio inexploré permettra de valider la théorie du Big Bang. Le faible signal requiert l’isolement de la face cachée, à l’abri des interférences terrestres.
L’antenne mesurera aussi la « météo spatiale » : éruptions solaires impactant les télécoms terrestres. Klein Wolt : « Mieux comprendre ces phénomènes améliorera les prévisions. Nous sonderons aussi les impulsions radio de Jupiter et Saturne pour évaluer leur rotation. » L’équipe vise une carte précise du ciel à basses fréquences après quelques orbites. « Bientôt, le signal de l’Univers primitif émergera des données », espère Klein Wolt.