Non, Jupiter n'est pas en feu. Cette image infrarouge de la plus grande planète du Système solaire évoque un incendie dévastateur, mais les sommets des nuages de cette géante gazeuse atteignent environ -150 °C. Cela n'a rien de surprenant : Jupiter se situe en moyenne à 780 millions de kilomètres du Soleil, soit plus de cinq fois la distance Terre-Soleil.
Le rayonnement infrarouge révèle la chaleur thermique. Les couches supérieures froides de l'épaisse atmosphère jupitérienne apparaissent sombres sur cette image artificiellement colorée. Elle met en évidence les bandes nuageuses allongées – dites bandes et zones – qui alternent entre zones chaudes et froides. Cette température est directement liée à la hauteur des nuages : plus ils sont profonds, plus ils sont chauds.

Dans le coin inférieur gauche de l'image, un grand ovale sombre se distingue : la célèbre Grande Tache Rouge. Ce gigantesque anticyclone s'élève à des kilomètres au-dessus de la couverture nuageuse environnante, expliquant sa température très basse. Son nom provient de sa teinte rouge orangé ou rose saumon observée en lumière visible. Des vents y atteignent plus de 600 km/h, et ce système tourbillonnant perdure depuis au moins 350 ans.
Cette image thermique détaillée a été capturée par l'imageur NIRI (Near-Infrared Imager) du télescope Gemini North de 8 mètres, situé sur le Mauna Kea à Hawaï. Elle révèle des détails fins à l'échelle de 500 kilomètres. Les planétologues comparent ces vues infrarouges à des images en lumière visible ou ultraviolete pour mieux comprendre la structure atmosphérique de Jupiter et modéliser en 3D ses systèmes nuageux.
Au bord de la Grande Tache Rouge, des structures orange vif indiquent des trous dans la couverture nuageuse, offrant un aperçu de nuages plus profonds composés de gouttelettes d'eau. Dans l'hémisphère nord, sous la bande brillante allongée, de petites zones "chaudes" similaires sont visibles, probablement formées par de puissants courants descendants.