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Cultiver du blé et cuire du pain sur Mars : le projet innovant SpaceBakery

Pouvons-nous alimenter une colonie martienne future en cultivant du blé et en produisant du pain en route et sur place ? Une équipe de chercheurs et d'entrepreneurs explore cette piste prometteuse.

Mars est une planète hostile : température moyenne en surface de -60 °C et atmosphère composée à 95 % de dioxyde de carbone. Aucune vie n'y survit sans protection. Pourtant, agences spatiales et entreprises privées, comme SpaceX d'Elon Musk qui vise une colonie d'un million d'habitants d'ici 2050, préparent l'envoi d'humains sur la planète rouge.

Pour ces missions, l'autonomie alimentaire est cruciale. Les potagers traditionnels sont impossibles dans ces conditions extrêmes, mais la production locale reste envisageable. Selon le fournisseur boulanger Puratos, les premiers colons martiens pourraient déguster du pain frais.

En mesurant et optimisant chaque paramètre, la consommation d'eau a été réduite à 5 % de celle nécessaire à la culture classique du blé.

Récemment, Puratos à Grand-Bigard a inauguré un complexe de conteneurs formant un écosystème clos pour cultiver des céréales. Des scientifiques de sept institutions flamandes y testent la culture de blé et la panification. L'objectif du projet SpaceBakery : emporter ce système en mission martienne.

Boucle fermée

Dans SpaceBakery, le blé est cultivé indépendamment des conditions terrestres. Les chercheurs contrôlent milieu nutritif, cycle de récolte et éclairage. « Chaque kilogramme compte en mission spatiale. Impossible d'emporter de grandes quantités de matières premières », explique la microbiologiste Natalie Leys (SCK CEN), cheffe de projet. « Nous minimisons l'eau, les engrais et les substrats nutritifs. »

Les plantes poussent en hydroponie, racines dans une solution nutritive aqueuse. L'eau non absorbée est recyclée via un filtre, analysée et enrichie si besoin.

'Nous pouvons utiliser la technologie derrière nos nanodrones autonomes pour un démantelement nucléaire risqué'.

Ce cycle clos préserve l'eau précieuse. Optimisation de l'éclairage et agencement vertical réduisent la consommation à 5 % des besoins habituels. Pas de sol requis, économisant du poids, et empilement en couches minimisant l'espace.

Du biochar, engrais durable issu de résidus comme balle et paille (Université de Hasselt), est dosé précisément pour éviter d'entraver la croissance.

Abeilles robots

La technologie abonde : Magics (spin-off KU Leuven/SCK CEN) développe des nanodrones pour polliniser les fleurs via détection d'objets et algorithmes autonomes, essentiels face aux délais de communication Terre-espace.

Des capteurs de flux de sève 3D (Université de Gand) surveillent la consommation d'eau, intégrés à un modèle virtuel optimisant lumière et irrigation.

Les premiers voyageurs martiens resteront sur place au moins 21 mois. La nourriture doit être assurée tout ce temps.

L'éclairage artificiel reste énergivore ; prochaine phase : solutions durables.

Aide des bactéries

En route vers Mars, rayonnements ionisants menacent équipements, graines et processus biologiques. SCK CEN simule ces doses pour évaluer impacts sur nutrition (fibres, lipides, sucres, amidon, protéines), dixit radioécologiste Nele Horemans.

Nutriments limités sur 21 mois : bactéries racinaires aident l'absorption. Sélection en cours pour extraire nutriments du basalte martien. Drones Magics exploreront le sol pour approvisionnement.

La Terre en profite aussi

SpaceBakery s'inscrit dans des recherches globales : recyclage eau/urine (90 %), bioréacteurs déchets-en-nutriments, cultures comme soja et feuilles.

Applications terrestres : nanodrones pour tâches risquées (nucléaire, énergies durables, Jens Verbeeck, PDG Magics). Agriculture verticale pour sols pauvres.

Recherche martienne bénéficie à la Terre. Cet article paraît aussi dans le Eos spécial Astronomie et Espace, disponible en ligne.


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