L'ennui a souvent mauvaise réputation, mais est-il vraiment si négatif ? Le psychologue John Eastwood, chercheur principal au laboratoire sur l'ennui de l'Université York, nous éclaire sur ses vertus surprenantes.
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L'ennui a mauvaise réputation. Mais a-t-il des aspects positifs ?
Oui. Son rôle s'apparente à celui de la douleur, qui signale une menace pour le corps. L'ennui nous protège contre la léthargie : un esprit comblé par l'inactivité n'apprendrait ni n'explorerait, et stagnerait.
La technologie nous stimule constamment, parfois excessivement. L'ennui a-t-il pour autant diminué ?
Non, elle l'amplifie même. Les écrans captent notre attention en nous rendant passifs, au lieu d'agents actifs. Notre concentration s'atrophie, et la technologie active le circuit dopaminergique, créant une dépendance à des stimulations croissantes pour un sentiment éphémère de satisfaction.
Faut-il donc apprendre à mieux s'ennuyer ?
Plutôt à s'engager dans des activités potentiellement ennuyeuses sans y céder, comme des promenades solitaires sans téléphone.
Plus facile à dire qu'à faire : beaucoup emportent leur smartphone aux toilettes !
Effectivement. Essayez une thérapie d'exposition simple : marchez sans téléphone ou lisez un long texte. Au début, l'ennui ou le malaise surgira, avec l'envie d'un écran. Mais cela s'estompe, laissant place au plaisir de laisser vagabonder l'esprit.
N'est-ce pas l'opposé de l'ennui ?
Se perdre dans ses pensées est précisément le contraire de l'ennui.
Une étude montre que, face au choix entre penser ou s'électrocuter, beaucoup optaient pour le choc.
Je connais cette expérience. Le choix du choc pouvait être motivé par la curiosité. Néanmoins, l'ennui corréle avec des comportements d'automutilation non suicidaire, comme les oiseaux en cage qui s'arrachent les plumes par manque de stimulation.
Les enfants s'ennuient vite sans divertissement.
Aujourd'hui, les parents sont poussés à surstimuler leurs enfants, les privant d'autonomie. Cela les empêche d'apprendre à créer du sens dans le monde.
Pourtant, l'ennui des enfants favorise-t-il les avancées sociales ?
Oui. Leur rejet de la culture parentale – musique, mode – propulse l'évolution sociétale. Sans cet ennui générationnel, nous écouterions encore Beethoven.
John Eastwood est chercheur principal au laboratoire sur l'ennui de l'Université York.
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