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Expert ou scientifique ? Cinq différences essentielles expliquées

L'expertise est souvent confondue avec la science, mais cette assimilation occulte leur spécificité. Découvrez ici cinq différences fondamentales entre les deux.

Dans la crise du coronavirus, les experts ont repris une place centrale. Nos vies semblent dictées par des comités d'experts qui nous guident sur nos comportements. Si la confiance initiale était forte, elle a été de plus en plus contestée ces derniers mois : pourquoi ces experts sauraient-ils mieux que nous ?

Ce scepticisme n'est pas nouveau. Il émergeait déjà dans les débats sur la post-vérité et les fake news. Avant le référendum sur le Brexit, le politicien britannique Michael Gove déclarait : « Je pense que les gens de ce pays en ont assez des experts ».

« Je pense que les gens dans ce pays en ont assez des experts » Michael Gove, politicien conservateur britannique, 2016

Les experts sont fréquemment assimilés à des scientifiques, ce qui est réducteur. Non seulement parce qu'il existe des experts hors sciences, mais surtout car cela ignore la singularité de l'expertise dans le débat public. Il est temps d'examiner son individualité. Commençons par cinq différences avec la science.

Le terme « expert » est récent. À l'origine, il désignait simplement une expérience dans un domaine. Après la Seconde Guerre mondiale, il a pris une dimension politique : influencer les décisions publiques.

Expert ou scientifique ? Cinq différences essentielles expliquées

Un expert en dragons

Il faut distinguer ces sens. Brigitte Nerlich cite les experts en dragons (2020). Bien que fictifs, des articles dans Nature traitent de leur écologie ou de l'impact du changement climatique sur ces cracheurs de feu mythiques.

Ces auteurs sont experts au sens de « bien informés », mais pas au sens politique : ils ne pèsent pas sur les décisions via rapports ou comités. Dans ce second cas, on devient expert par une mission, non par une qualité inhérente.

La revue Nature a publié des articles sur l'écologie des dragons et l'impact du changement climatique sur les cracheurs de feu mythologiques

Ces sens ne coïncident pas toujours. Toute connaissance n'est pas pertinente politiquement, et tout expert n'a pas l'expertise requise. Deux pistes émergent.

D'abord, un retour à l'expertise originelle : privilégier les vrais connaisseurs. Mais explorons l'autre : le rôle des experts en débats comme Brexit ou Covid-19 dépasse les connaissances pures. Post-1945, une innovation sociale est née. L'expert n'est pas le scientifique.

Toutes les connaissances ne sont pas pertinentes pour la politique ; tous les experts de comités n'ont pas forcément les bonnes

Cinq différences

Voici cinq façons dont les attentes envers l'expertise diffèrent de celles de la science.

1. Une échelle de temps différente. La science progresse à long terme, sans urgence. L'expertise exige des réponses immédiates, comme face au coronavirus : pas de mois d'attente.

La science se développe sur le long terme ; l'expertise requiert des décisions rapides

2. Une pensée en noir et blanc. Les experts doivent trancher (confinement ou non). Les nuances sont mal venues. La science tolère l'incertitude et les marges d'erreur, source de frictions avec la politique.

3. Représentant d'un domaine entier. L'expert parle au nom de sa discipline ou de la science. La science valorise les désaccords individuels ; l'expertise propage le consensus.

La science est fascinée par les désaccords ; l'expertise propage le consensus

4. Une autorité différente. Dans la science, l'autorité naît des citations et critiques par les pairs. Pour l'expert, face à un public non-spécialiste, elle repose sur la représentation collective. Internet complique cela avec des avis concurrents.

L'expertise suit des rituels fixes, visibles dans la crise corona

5. Des rituels fixes. L'expertise s'appuie sur des procédures officielles (rapports quotidiens, conférences fixes). Cela transcende l'expertise scientifique pure.

Ces cinq points ne capturent pas tout, mais invitent à réfléchir à la nature unique de l'expertise, sans la réduire à la science.


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