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La gaucherie : loin d'un handicap, un atout aux multiples facettes

Le 13 août marque la Journée internationale des gauchers. Autrefois, les enfants gauchers étaient contraints d'écrire de la main droite à l'école. Aujourd'hui, la science démontre que la gaucherie n'est pas un handicap, mais peut même offrir des avantages, particulièrement chez les hommes.

La gaucherie n'est plus vue comme un défaut. Les commentateurs sportifs célèbrent souvent le « fabuleux service à gauche » en tennis. Léonard de Vinci, Mozart, Beethoven étaient probablement gauchers, tout comme Jimi Hendrix ou Barack Obama. Fini les associations de la main droite avec justice et sincérité, et de la gauche avec sorcellerie – le mot latin « sinister » évoque encore ces préjugés. Des études scientifiques éclairent les avantages et inconvénients de la gaucherie.

Quand qualifie-t-on quelqu'un de « gaucher » ? Écrit-il de la main gauche ? Utilise-t-il sa fourchette gauche ? Chez les gauchers marqués, oui, mais la latéralité varie : dominance oculaire (souvent œil droit chez les gauchers), pied, etc.

Dans le cerveau des gauchers

Les différences se reflètent dans le cerveau. Chez les droitiers, l'hémisphère gauche traite détails et langage, le droit les aspects globaux. Chez les gauchers, c'est inversé, comme l'a montré Carmel Mevorach (Université de Birmingham, 2005) via stimulation magnétique transcrânienne (TMS). Bloquer le lobe pariétal postérieur droit améliore la perception globale chez les gauchers ; le gauche renforce l'attention aux détails.

Stefan Klöppel (clinique de Fribourg, 2010) a étudié d'anciens gauchers forcés à devenir droitiers : leur cerveau s'adapte, mais le putamen gauche montre moins de matière grise, expliquant des difficultés en motricité fine.

Le langage est souvent dans l'hémisphère gauche (contrôlant le côté droit du corps), mais chez beaucoup de gauchers, l'hémisphère droit domine pour écriture et parole.

Environ 10 % de la population est gauchère (estimations récentes plus élevées). La tolérance varie culturellement, menant parfois à la dissimulation.

Un monde inversé

Les gauchers affrontent un monde conçu pour droitiers : risques avec outils, et études (Lee-Feldstein & Harburg, Michigan, 1982) montrent un alcoolisme plus fréquent, surtout chez les femmes, étendu aux drogues.

Mais les atouts abondent en sport et arts : Messi, Maradona, Nadal, McEnroe, Senna. Norbert Hagemann (Université de Kassel, 2010) prouve un avantage en tennis, escrime, boxe : gauchers mieux anticipent droitiers, leurs coups imprévisibles.

En musique, plus de gauchers chez musiciens (Aggleton, Durham, 1994) : meilleur contrôle main droite, mémoire rythmique supérieure (hémisphère droit dominant).

Les filles défavorisées ?

Charlotte Faurie (Montpellier, 2006) : garçons gauchers surpassent en école et leadership ; inverse chez filles. Christopher Ruebeck (2007) : plus d'universitaires et revenus élevés chez hommes gauchers.

Explications : hommes valorisent originalité ; femmes, conformité, voyant gaucherie comme anomalie. Lynn Wright (Dundee, 2009) : femmes gauchères plus anxieuses, inhibées.

Conseils : outils adaptés pour enfants gauchers, éducation sans pression. Encourager filles comme garçons ; elles excellent souvent scolairement.

Sources : Attending to Local Form while Ignoring Global Aspects Depends on Handedness : Evidence from TMS (C. Mevorach et al., Nature Neuroscience 8, 2005, pp. 276-277) ; Nurture versus Nature : Long-Term Impact of Forced Dextérité on la structure du cortex pérical et des noyaux gris centraux (S. Klöppel et al., Journal of Neuroscience 30, 2010, pp. 3271-3275).

(De Psyché & Cerveau, n° 5, 2011)

Lire aussi : Pourquoi les gauchers ne sont pas (encore) éteints


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