Quel impact aura l'arrivée massive de dizaines de milliers d'étudiants dans les villes universitaires ? Plusieurs universités étrangères ont déjà signalé des foyers de COVID-19. « Nous devons veiller à ce que cela ne devienne pas un accélérateur de l'épidémie », met en garde l'épidémiologiste Pierre Van Damme (UAntwerpen).
À l'Université de Maastricht, 11 étudiants ont été infectés lors de la semaine d'introduction, portant le total à 38 cas confirmés. À Tilburg, une quarantaine d'étudiants ont été testés positifs après cette même période. À Wageningen, des dizaines d'étudiants ont été placés en quarantaine suite à une épidémie. Dans la plupart des cas, les contaminations ont eu lieu hors campus, lors de rassemblements privés.
Aux États-Unis, où la rentrée a débuté plus tôt, l'Université de Géorgie a vu une hausse rapide des cas positifs. Le New York Times recense les infections dans les campus américains, certains contraints de fermer peu après la reprise. Là aussi, les soirées privées et les logements étudiants sont les principaux foyers.
Que signifiera cela pour nos villes universitaires avec l'arrivée imminente de milliers d'étudiants ?
Jusqu'à nouvel ordre, les universités et hautes écoles appliquent une présence physique maximale sur campus et ailleurs, pour les TP comme les cours magistraux. À Gand, les cours de l'UGent se tiendront à la Ghelamco Arena et à Flanders Expo ; à la VUB, à Bozar et au Parlement flamand. En code jaune, comme pour l'enseignement fondamental et secondaire, une place sur deux (avec masque) ou sur cinq (sans masque) sera occupée dans les amphis. Les cours en ligne persistent, combinés autant que possible à des sessions présentielles.
« Alors que le taux d'infection augmente à l'automne, ce sera une tâche titanesque de réécrire les plans et les horaires » Ann Brusseel, directrice générale de la Brussels Erasmus Hogeschool
Les expériences étrangères interrogent : ne vaut-il pas mieux maximiser l'enseignement à distance ? La Brussels Erasmus Hogeschool privilégie le numérique « si possible, en présentiel si nécessaire », priorisant TP et première année. « À Bruxelles, la distanciation est plus ardue dans une grande ville », explique Ann Brusseel. « Cela offre aussi une certitude face à une hausse des infections. »

Le virologue Steven Van Gucht (Sciensano) pointe les goulots d'étranglement aux entrées/sorties d'amphis et trajets. Privilégier l'enseignement en ligne est « une très bonne attitude », selon lui. « C'est ainsi que je procéderais », ajoute le biostatisticien Geert Molenberghs (UHasselt, KU Leuven). « Les épidémies étrangères m'inquiètent. Le campus est gérable, mais l'extérieur pose problème. L'enseignement en ligne réduit les flux en ville. Avec peu de cours présentiels, les étudiants risquent de ne pas respecter les règles. Mieux vaut commencer en ligne et ajuster. »
« C'est un équilibre délicat », admet le recteur anversois Herman Van Goethem. « Un confinement total éliminerait le virus, mais pas dans d'autres secteurs. De nombreuses universités étrangères s'en sortent bien. Nous nous adaptons aux taux généraux. »
Le recteur de l'UGent, Rik Van de Walle, évite les conclusions hâtives : « Comparer des contextes différents est ardu. Nous préparons un maximum d'activités sécurisées, prêts à ajuster rapidement. C'est notre devoir. »
« L'interaction, le contact social et la construction d'une communauté sont des prédicteurs importants de la réussite étudiante » Rik Van de Walle, recteur UGent
Van de Walle insiste sur le bien-être : « Un enseignement 100 % à distance ignorerait l'importance des interactions sociales pour la réussite. Nous prenons des risques calculés, en monitorant constamment. »
Certaines universités étrangères testent sur site. À Liège, des tests salivaires volontaires hebdomadaires surveilleront étudiants et personnel. « Projet intéressant », note Van Gucht : « Moins sensible, mais efficace pour détecter les cas très contagieux. » Les universités flamandes ne prévoient pas de tests propres pour l'instant, testant les étudiants étrangers entrants. Van de Walle plaide pour une stratégie commune.
Les universités craignent les contaminations hors campus et collaborent avec villes et associations étudiantes. À Louvain, directives pour colocations et matrice d'activités ; baptêmes et cantus interdits au premier semestre. À Gand, un comité évaluera les demandes d'associations, priorisant espaces ouverts.
« Une partie importante de la vie étudiante se déroulera en automne-hiver dans des espaces clos mal ventilés, sans masque » Pierre Van Damme
La compliance des étudiants sera clé. « Cela pourrait accélérer l'épidémie », alerte Van Damme.
Contrairement aux écoliers locaux, les étudiants voyagent : « Beaucoup rentrent chez leurs parents plus âgés, à risque », note Niel Hens (UHasselt). Philippe Beutels (UAntwerp) urge : « Notre bande passante contacts est limitée. Focalisons-nous sur l'apprentissage en ligne. »
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