Cette semaine, un diacre de 57 ans à Wevelgem est soupçonné d'avoir tué plus de dix patients hospitalisés sans leur consentement. Ces affaires choquantes interrogent : qu'est-ce qui pousse des soignants à commettre l'irréparable ?

Un diacre de 57 ans à Wevelgem soupçonné d'avoir ôté la vie à plus de dix patients hospitalisés sans leur consentement. Les cas d'infirmiers ou aides-soignants tuant des patients nous horrifiens, car ces professionnels ont choisi de soigner et d'aider. Quelles motivations les animent et comment prévenir ces tragédies ?
Des dizaines de cas similaires ont été révélés ces dernières décennies. Avant 2010, 36 affaires mondiales ont été jugées, causant des centaines de morts. Sans compter les milliers de suspicions non prouvées.
Ces crimes sont perpétrés par des soignants dans des lieux censés protéger les patients, rendant ces actes d'autant plus monstrueux. Les auteurs sont souvent qualifiés d'« anges de la mort », « sœurs de la mort » ou « bourreaux ».
Dans les pays germanophones, neuf séries de meurtres ont été découvertes en hôpitaux ou maisons de retraite depuis 1970 : sept en Allemagne, une en Autriche, une en Suisse. Ces crimes sont souvent démasqués tardivement, car les morts y sont courantes et les médicaments omniprésents, masquant les actes criminels.
Les hôpitaux offrent un cadre idéal pour ces forfaits : entre 2 et 27 victimes par série, souvent des patients âgés fragiles mais non en phase terminale, inconscients ou sédatés. Les dix auteurs identifiés étaient tous infirmiers ou aides-soignants, hommes et femmes, de niveaux de formation variés. Cinq hommes sur dix, proportion élevée vu que 86 % des soignants sont des femmes.
Ils savaient ce qu'ils faisaient
Tous ont été déclarés pleinement responsables par les experts psychiatres. Pourtant, un langage grossier et des menaces ouvertes étaient courants, comme chez Rudi Z., qui insultait les résidents, ou Irene L., qui terrorisait un patient : « Si vous continuez, vous serez le prochain. » Certains prédisaient avec précision les décès, comme Roger A., qui annonça la mort d'une résidente avant de la tuer.
Ces comportements éveillaient des soupçons, mais collègues et supérieurs fermaient les yeux. Wolfgang L. était surnommé « le bourreau », sans réaction. Aucun lien direct avec la surcharge de travail : les crimes surviennent dans divers contextes, souvent marqués par des conflits internes.
Agir en toute impunité
Les auteurs opéraient librement malgré les signaux d'alarme, collègues et hiérarchie détournant le regard délibérément.
Pourquoi ? La plupart invoquent la compassion : Waltraud W. voulait soulager les souffrances « insensées » ; Roger A. mêlait pitié et soulagement personnel ; Stefan L. « épargnait » la douleur. Mais ces justifications masquent un effondrement psychologique.
Les soignants à faible estime de soi cherchent reconnaissance dans ce métier valorisé, mais la réalité – pénible et ingrate – déçoit, surtout avec des problèmes privés ou professionnels. Une identification projective s'installe : ils projettent leur mal-être sur les patients, effaçant les frontières entre souffrance propre et étrangère.
Le premier meurtre apporte un soulagement illusoire de pouvoir, vite suivi d'un malaise amplifié, menant à une escalade justifiée par une « pitié » déformée.
Impossible d'aider sans vigilance
Aucune vraie compassion : incapables d'accompagner la fin de vie ou de demander de l'aide, ils agissent par jugement personnel.
Contexte sociétal : la mort est médicalisée, déléguée aux institutions sous-staffées et mal payées. Manque d'empathie, de temps et de respect mutuel favorise la déshumanisation. Ces crimes révèlent des failles individuelles et collectives face à la maladie, la vieillesse et la mort.
Par Karl Beine, Psyché & Cerveau n°3/2013. Commandez ce numéro dans la boutique des sciences.
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