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Prévention du suicide en temps de COVID-19 : l'autre courbe à aplanir

Il est essentiel de promouvoir la santé mentale, de prévenir la détresse psychologique, de sensibiliser les professionnels de santé à la prévention du suicide et d'offrir des services adaptés aux mesures de distanciation physique.

Pixel-Shot/Shutterstock
L’isolement, le manque de soutien, l’intimidation, l’accès limité aux ressources et l’insécurité économique sont des facteurs de risque majeurs de suicide. La pandémie de COVID-19 exacerbe ces éléments et pourrait entraîner, à moyen terme, une hausse des comportements suicidaires.

Cependant, les données sur les comportements suicidaires en période de crise sanitaire sont insuffisantes pour des prédictions fiables. Chez les jeunes, la détresse augmente dans certains groupes vulnérables, mais les cas d’intimidation scolaire liés aux gestes suicidaires ont diminué avec la fermeture des écoles.

L’impact du chômage amplifié par la pandémie se déploie dans le temps et varie selon les mesures d’atténuation. Par exemple, la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a réduit temporairement le stress lié à l’insécurité économique.

La crise sanitaire a mobilisé les efforts pour atténuer les vulnérabilités au suicide, comme les inégalités sociales, la pauvreté et le manque de ressources adaptées.

Une étude de l’Université de Toronto prévoit entre 418 et 2114 suicides supplémentaires au Canada en 2020-2021 dus à la COVID-19. Ces modèles, basés uniquement sur le chômage, doivent être interprétés avec prudence, car ce facteur fluctue avec les interventions en place.

L’effet de la pandémie sur les comportements suicidaires est complexe et dépend des interventions macrosystémiques fédérales, provinciales, locales et communautaires.

Découvrez le témoignage de Marc-André Dufour, qui a fait de la prévention du suicide son combat quotidien.

Facteurs de risque predisposants

Sur le plan individuel, les risques de décès par suicide sont plus élevés chez les hommes, les personnes souffrant de troubles de l’humeur, psychotiques ou de la personnalité. Les problèmes de consommation (alcool, drogues, médicaments), l’impulsivité, l’agressivité, les rigidités cognitives, le désespoir, ainsi que les antécédents de tentative de suicide sont des facteurs bien documentés.

Les idées suicidaires émergent souvent d’une trajectoire de vie marquée par des violences familiales, abus, négligence ou traumatismes. Les antécédents familiaux de troubles mentaux ou suicidaires augmentent aussi le risque.

Certains groupes, comme les Autochtones ou les communautés LGBTQ2+, sont particulièrement vulnérables en raison de défis sociaux, économiques et culturels.

À ces facteurs s’ajoutent des déclencheurs comme une perte d’emploi liée à la pandémie ou le confinement, qui peut aggraver les troubles mentaux chez les personnes vulnérables.

Ces traits de vulnérabilité présentent souvent une composante héréditaire.

Moins de suicides, mais plus de tentatives

Au Québec, les décès par suicide diminuent continuellement depuis 20 ans, passant d’un pic de 22 pour 100 000 habitants dans les années 1990 à 12,4 pour 100 000 en 2017 (1 045 décès), contre 18 en 2001. Les hommes (17,9 pour 100 000) sont plus touchés que les femmes (6,1), surtout entre 50 et 64 ans.

Cependant, les tentatives de suicide augmentent, particulièrement chez les femmes : les hospitalisations sont passées de 34,5 à 59,5 pour 100 000 entre 2007 et 2017. Chez les hommes, de 26,3 à 37,9. L’augmentation est marquée chez les jeunes filles de 15-19 ans.

L’enquête québécoise de 2014-2015 indique que 2,8 % des Québécois ont sérieusement pensé au suicide l’année précédente, avec une prévalence plus élevée chez les femmes. Ces données restent stables.

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La prévention : un effort collectif

La prévention du suicide repose sur des pratiques evidence-based. Le Québec déploie une stratégie nationale pour coordonner les acteurs.

Ces stratégies responsabilisent la société, harmonisent les actions, optimisent les ressources et favorisent des pratiques cliniques rigoureuses. Elles soutiennent aussi les projets communautaires et les centres de santé.

Les organismes communautaires offrent un accompagnement téléphonique, un suivi post-tentative, un soutien aux familles et aux endeuillés, des programmes de sentinelles, des formations et des interventions post-suicide.

Ils sensibilisent via des campagnes, des pratiques médiatiques responsables pour éviter la contagion, et intègrent la prévention dans les politiques publiques.

Connaissez-vous les troubles de santé mentale qui vous menacent au fil des ans ?

Maintenir les services en santé mentale

Le diagnostic, le traitement des troubles mentaux et l’accès à un soutien psychologique sont cruciaux, de même que l’accompagnement post-hospitalisation.

En crise sanitaire, il faut maintenir les services de soutien social au maximum : promouvoir la santé mentale, prévenir la détresse, sensibiliser les professionnels et adapter les services à la distanciation. Le dépistage proactif des isolés vulnérables est prometteur.

Lors du déconfinement, relancer les activités socio-économiques adaptées est vital. La recherche doit valider des approches locales. Une action collective peut limiter l’augmentation prévue des suicides.

Si vous ou un proche pensez au suicide, appelez immédiatement : 1-866-277-3553 (Québec) ou 1-833-456-4566 (Canada).

Cécile Bardon, Professeure, directrice associée du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Version originale publiée sur La Conversation.

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