De plus en plus de femmes remettent en question la pilule contraceptive, craignant un risque accru de thrombose et de dépression. Ces inquiétudes sont-elles fondées ? Comment fonctionne réellement la pilule ?
Aujourd'hui, la pilule reste la méthode contraceptive la plus utilisée en Belgique et aux Pays-Bas, devant le stérilet et le préservatif. Cependant, son usage décline : selon Sensoa, 54 % des femmes belges utilisant une contraception optaient pour la pilule en 2013, contre 48 % en 2018. Aux Pays-Bas, ce chiffre est passé de 38 % en 2014 à 32 % en 2020 (Statistics Netherlands). La raison principale ? Les effets supposés négatifs de la contraception hormonale sur le corps et l'esprit. Nombreuses sont celles qui doutent de sa sécurité à long terme.
Les débats sur les effets de la pilule durent depuis des décennies. Dès les années 1970, certains mouvements féministes la voyaient comme une intervention trop intrusive sur le corps féminin. En Allemagne, une enquête du centre d'information du ministère de la Santé en 1995 portait déjà sur les attitudes des femmes envers la contraception, avec un focus sur le risque de thrombose.
Il est temps de faire le point sur les données scientifiques actuelles. Quel impact a la pilule sur le corps ? Quels sont ses effets secondaires ? Influence-t-elle vraiment le psychisme ? Voici les réponses essentielles.
De nombreuses pilules contraceptives existent, avec des dosages hormonaux variés. La plupart sont des pilules combinées, associant un œstrogène synthétique ou naturel à un progestatif. « L’œstrogène régule le cycle menstruel », explique la Dre Doris Scharrel, gynécologue-obstétricienne à Kiel (Allemagne). Le progestatif est clé : « Il modifie l’endomètre, inhibe la maturation folliculaire et bloque l’ovulation, empêchant ainsi la fécondation. » Généralement, on prend la pilule 21 jours, suivis de 7 jours de pause, provoquant un saignement.
Existent aussi les minipilules progestatives uniquement. Leur efficacité dépend du dosage. « Une minipilule faiblement dosée exige une prise quotidienne à heure fixe, donc plus de discipline », note la Dre Anneliese Schwenkhagen, gynécologue à Hambourg. « Elle n’empêche pas toujours l’ovulation et est moins prescrite. » Les versions plus dosées le font. Idéales pour l’allaitement ou les femmes à risque de thrombose (sans œstrogènes).
La thrombose veineuse forme des caillots obstruant un vaisseau, souvent aux jambes ou au bassin, causant gonflement et douleur. Si un caillot migre aux poumons (embolie pulmonaire), elle peut être fatale.
Le risque varie selon la pilule. Normalement, 2 femmes sur 10 000 développent une thrombose par an. Avec une pilule de 1re ou 2e génération : 5 à 7 cas. Pour les 3e ou 4e : 9 à 12. Les autorités recommandent en 1re intention les progestatifs de 2e génération (lévonorgestrel, norgestimat, noréthistérone). Informez les patientes des signes précoces et tenez compte des facteurs personnels (tabac, obésité, antécédents).
« Si ces règles sont suivies, le risque reste justifiable, surtout face à celui de la grossesse », estime la Dre Scharrel. Le pic survient la 1re année, puis diminue. Évitez les interruptions prolongées. Pour les profils à risque, optez pour la minipilule.
Autorisée aux États-Unis en 1960, en Belgique et Allemagne en 1961, aux Pays-Bas en 1962, la pilule a révolutionné l’émancipation féminine. Les doses d’œstrogènes ont baissé, nouveaux progestatifs apparus. 1re/2e générations : lévonorgestrel, norgestimat. 3e : désogestrel, gestodène. 4e : drospirénone, diénogest.
En 2019, l’Agence allemande des médicaments a averti d’un possible lien entre contraception hormonale, dépression et suicide, basé sur deux études danoises (2016-2017) sur plus d’un million de femmes. Chez les 15-34 ans sans pilule : 17/1 000 prescriptions d’antidépresseurs ; avec pilule : 22, surtout 15-19 ans. Risque suicide légèrement accru initialement.
La Société allemande de gynécologie critique ces études. « Pas de lien causal direct », confirme la Dre Schwenkhagen. Facteurs confondants : stress relationnel, scolaire...
« Les hormones influencent corps et esprit, pas seulement celles de la pilule, mais aussi les nôtres. » Dre Doris Scharrel
Études randomisées contradictoires : aggravation chez certaines, amélioration (SPM) chez d’autres. L’avertissement sur notice est utile : parlez-en à votre gynécologue pour adapter.
Plaintes fréquentes d’effets négatifs sur la sexualité. Revue AWMF 2019 : résultats contradictoires (augmentation, diminution ou neutre). Méta-analyse 2020 confirme. Causes possibles : baisse testostérone, impacts cérébraux. Consultez pour solutions.
Utilisée en endométriose (réduit douleur/prolifération), SOPK, SPM sévère.
Données mixtes : meilleure mémoire verbale, réactions faciales renforcées ; mais inquiétudes sur amygdale (peur/anxiété). Études souvent méthodologiquement faibles. Besoin de recherches, surtout chez adolescentes.
Possible sans pause : saignements artificiels évités, doses faibles. Cochrane : sûr et raisonnable. Bénéfique pour TDPM, douleurs.
Préservatif (Pearl 2), DIU cuivre (0,4-1,5), cycles/apps (peu fiables). Choix personnel, pesez risque grossesse.
Études OMS (injections) stoppées (effets secondaires). Gel testostérone-progestatif en cours (2018, sans effets notables).
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