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Dépistage du cancer du sein : plus de mal que de bien ? L'analyse d'un expert de renom

Les programmes nationaux de dépistage augmentent le risque de mastectomies inutiles, affirme Peter Gøtzsche, directeur de la Nordic Cochrane Collaboration indépendante à Copenhague, dans son ouvrage. Ce chercheur a analysé plus d'une décennie de données sur le dépistage du cancer du sein, remettant en cause les campagnes gratuites populaires comme « Octobre rose ».

Dépistage du cancer du sein : plus de mal que de bien ? L analyse d un expert de renom

« Les mammographies sauvent une vie pour 2 000 femmes dépistées, mais en contrepartie, dix autres femmes subissent des préjudices », déclare-t-il.

De nombreuses tumeurs du sein régressent spontanément sans menacer la vie. Pourtant, un résultat positif conduit souvent à des interventions immédiates : mastectomie, chimiothérapie ou radiothérapie. Selon Gøtzsche, six mastectomies sur dix seraient inutiles.

« Il est temps d'abandonner ces programmes. Je conseille aux femmes d'attendre des symptômes avant tout dépistage », ajoute-t-il.

Des chercheurs de son équipe, publiés fin 2011 dans The Lancet Oncology, ont analysé un essai suédois majeur (320 000 femmes de 40-69 ans). Sur six ans, le groupe dépisté tous les deux ans a révélé trois fois plus de cancers que le groupe contrôlé. Ces surdiagnostics indiquent des tumeurs qui auraient disparu naturellement.

Nuances locales
Ces résultats ne s'appliquent pas directement à la Flandre ou aux Pays-Bas, où le dépistage commence à 50 ans. « Chez les plus jeunes, sans risque accru, cela génère trop de faux positifs en raison du tissu glandulaire dense », explique le Dr Erwin De Clerck, de la Ligue flamande contre le cancer.

L'approche randomisée de Gøtzsche a ses limites, note le Pr Guido Van Hal (UAntwerpen). Une étude cas-témoins serait idéale, mais évaluer le dépistage reste complexe.

Dommages collatéraux
« Abolir le dépistage est excessif, comme le glorifier l'est aussi », tempère De Clerck. Les avancées scientifiques montrent un bénéfice modeste face à des risques : pertes de sein inutiles et rares cancers radio-induits.

Baisse de mortalité : pas grâce au dépistage
La mortalité a chuté de 20-25 % en Belgique/Flandre (1989-2006), mais une étude du British Medical Journal (2011) attribue cela aux meilleurs traitements, pas au dépistage. La moitié des cancers sont détectés entre deux mammographies, souligne Gøtzsche.

Aide à la décision
La Ligue ne promeut plus activement le dépistage mais développe des outils d'aide à la décision. « Les femmes doivent peser bénéfices et risques avec des données fiables », insiste De Clerck.

Un dilemme persiste : le faible gain vital contre le risque de surtraitement.

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