La destruction de sites historiques par le groupe terroriste EI n'est que le dernier épisode d'une longue histoire de "terreur culturelle" à travers les siècles.

Fin janvier, le groupe terroriste EI a de nouveau rasé un site historique : le plus ancien monastère chrétien d'Irak, datant de 1 400 ans. Cet acte s'inscrit dans une triste liste d'iconoclasmes qui jalonnent l'histoire.
La guerre inflige souvent des dommages irréparables, non seulement aux populations civiles, mais aussi au patrimoine culturel, pilier de l'identité d'un peuple. L'iconoclasme désigne tout acte délibéré de vandalisme idéologique ou religieux visant ce patrimoine.
Les exemples récents abondent. Les sites archéologiques de Nimrud et Hatra, des mosquées à Khorsabad et Mossoul ont été sévèrement endommagés par l'EI. La destruction la plus choquante concerne Palmyre, la "Ville aux Mille Colonnes", carrefour commercial clé de la Route de la Soie aux IIe et IIIe siècles. Des images satellites de l'ONU confirment les dégâts massifs au temple de Bêl, ainsi qu'à celui de Baalshamin et à la porte monumentale.
Destructions à travers l'histoire
Les attaques contre le patrimoine ne datent pas d'hier. En 2012, Ansar Dine, branche d'Al-Qaïda, a détruit des mausolées soufis maliens du XVe-XVIe siècle, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Les expressions culturelles d'autres religions sont aussi visées : les Bouddhas de Bamiyan, protégés 1 500 ans par les Hazaras, ont été dynamités par les talibans en 2001.

Ci-dessus : La cavité laissée par un Bouddha de Bamiyan après sa destruction par les talibans en 2001.
Plus près de nous, en Europe, l'iconoclasme a marqué la Réforme. Les calvinistes, opposés à la vénération des saints, ont détruit une grande partie de l'héritage catholique au XVIe siècle. L'apogée survint en 1566 : en quelques semaines, des centaines d'églises et d'abbayes catholiques virent leur intérieur saccagé par les protestants.
Les origines remontent à l'Antiquité. Le pharaon égyptien Amenhotep IV (Akhenaton), époux de Néfertiti et père de Toutankhamon, imposa le culte exclusif du dieu solaire Aton, proscrivant les divinités traditionnelles comme Rê, Amon et Isis. Temples et monuments furent détruits.
Iconoclasmes politiques
L'iconoclasme n'est pas toujours religieux. Après la mort d'Akhenaton, ses successeurs pratiquèrent la damnatio memoriae, effaçant son nom des monuments pour le rayer de l'histoire.
Cette destruction politiquement motivée réapparaît souvent. Lors de la Révolution française, statues royales comme celle de Louis XV furent abattues, et la place renommée Concorde. Phénomène récurrent lors des révolutions : Russie 1917, Chine pendant la Révolution culturelle, chute du communisme en 1989.

Ci-dessus : Iconoclasme à Anvers en 1572.
Parfois, c'est plus vaste : en 1914, les troupes allemandes incendièrent la bibliothèque universitaire de Louvain, exploit propagandiste pour les Alliés, mobilisant l'opinion pour la "pauvre petite Belgique".
La lutte contre l'iconoclasme : reconstitutions 3D
Aujourd'hui, la communauté internationale protège le patrimoine via la Convention de La Haye de 1954 (ratifiée en 1958), intégrée au droit humanitaire. Les violations relèvent de la Cour pénale internationale.
L'UNESCO innove avec l'Institut d'archéologie numérique (IDA), partenariat avec le Musée du futur de Dubaï et les universités d'Oxford et Harvard. Le projet Million Image Database déploie 5 000 caméras en zones de conflit au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour modéliser en 3D sites et destructions, facilitant reconstructions.
Trop tard pour le temple de Bêl à Palmyre, mais une reconstitution 3D existe via photos. Des répliques de son arc triomphal seront érigées à Trafalgar Square (Londres) et Times Square (New York), symbole politique de résilience culturelle.