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Obésité et industrie alimentaire : alliés ou responsables ?

L'obésité progresse dans le monde entier, alimentée par une consommation accrue de sucre et de graisses. L'industrie alimentaire affirme désormais lutter contre ce fléau. Mais est-ce crédible ?

Obésité et industrie alimentaire : alliés ou responsables ?

« Nous voulons faire partie de la solution », déclarait Muhtar Kent, PDG de The Coca-Cola Company, à la télévision CBS en mai. Il évoquait les indications claires de calories sur les emballages et la campagne promouvant un mode de vie actif.

Ce problème majeur – hausse du surpoids, obésité, maladies cardiovasculaires et diabète de type 2 – est lié à la consommation d'aliments transformés riches en graisses et sucres.

D'autres géants comme McDonald's, Mars et PepsiCo lancent des campagnes, étiquettes nutritionnelles, options plus saines et reformulations. Mais ces entreprises, spécialisées dans les produits sucrés et gras, peuvent-elles vraiment changer la donne ?

L'édition spéciale de PLoS Medicine (année dernière) analyse le rôle du « Big Food » dans l'épidémie mondiale d'obésité, le comparant partiellement au « Big Tobacco ».

En 1954, face aux preuves scientifiques sur les dangers du tabac, les cigarettiers publiaient une « déclaration franche » promettant de protéger la santé des fumeurs. L'histoire montre qu'ils ont ensuite nié les risques, promu le tabagisme et bloqué les régulations.

Pour Kelly Brownell, directeur du Rudd Center for Food Policy & Obesity à Yale, l'industrie alimentaire priorise son image et évite les interventions gouvernementales. Elle applaudit les « petits pas » comme les campagnes saines tout en s'opposant aux réformes majeures, reprenant les tactiques du tabac.

Pas d'aliments malsains

« Nos produits ne nuisent pas à la santé », affirmaient les cigarettiers. L'industrie alimentaire rejette pareillement l'étiquette « malsain » : « Il n'y a pas d'aliments malsains, mais des régimes inadaptés » ou « Nos produits s'intègrent dans une alimentation équilibrée ».

Sander Kersten, nutritionniste à Wageningen, nuance : aucun aliment isolé ne cause l'obésité, mais cela dépend du régime global et de l'exercice. Les produits à calories vides sont moins nutritifs et plus problématiques. Ces déclarations industrielles le dérangent.

La prise de poids résulte d'un déséquilibre calorique. Établir un lien direct avec un aliment est complexe : buvez-vous plus de sodas parce que vous bougez moins ? Les entreprises exploitent ces ambiguïtés et des études contradictoires, souvent sponsorisées.

L'Association des eaux et boissons non alcoolisées (VIWF) nie tout lien direct entre sodas et obésité. Pourtant, une méta-analyse de Yale (2007, 88 études) montre une association claire avec un apport calorique et un poids accrus ; les études financées par l'industrie minimisent cela.

Des essais randomisés publiés en 2012 dans le New England Journal of Medicine (américain et néerlandais) confirment : enfants buvant des sodas quotidiens prennent plus de poids que ceux optant pour eau ou light. Les calories liquides ne rassasient pas.

« Les produits riches en sucre et graisses ne favorisent pas un poids santé », conclut Kersten. « Notre corps gère mal les calories des boissons, facilitant la surconsommation. »

Étiquetage en feux de circulation

L'industrie rechigne aux étiquettes « feux tricolores » (rouge pour haut en sucre/graisse/sel, vert pour bas), préférant le GDA (pourcentages d'apports journaliers recommandés).

Les études montrent que consommateurs, surtout moins éduqués (plus à risque), préfèrent feux + GDA. Cela incite aussi à reformuler les produits.

En 2010, Coca-Cola, Kellogg's et Nestlé ont lobbyé contre l'obligation européenne. Résultat : depuis décembre 2016, calories, sel, sucres, graisses par 100g/ml et par portion (apport de référence) sont obligatoires ; feux non.

Les taxes sur sodas gras/sucrés ? L'industrie s'y oppose : contournement frontalier, impact économique (Danemark a supprimé sa taxe graisses en 2012). L'obésité nécessite une approche globale.

Brieuc Van Damme (Itinera, 2009) : taxe de 3 centimes/litre = 41M€ pour repas scolaires sains. Effet comportemental faible sans +30% prix ; l'industrie craint surtout le précédent et l'image.

Portions géantes

Marion Nestle (NYU) lie obésité à portions croissantes depuis 1960 (+30% volume). Expérience popcorn : grands contenants = +33% consommation, même rassis.

En Europe, emballages standards grossissent, gammes s'élargissent (meilleur prix unitaire). Coca-Cola : 0,75L (1957) → 1,5-2L ; McDo : hamburger 255kcal (1971) → Big Tasty 885kcal (2003). Chips/fromages idem.

Petits formats (multipacks) : poids unitaire ↓, total ↑ (chips : 6→15 sachets). Recherche Tilburg : petits sachets boostent consommation (moins de culpabilité).

Environnement obésogène

L'industrie insiste sur choix personnels et activité physique, déresponsabilisant. Mais « dans un environnement obésogène, même volontaires grossissent », dit Martijn Katan (VU Amsterdam).

Michael Moss (Sel, Sucre, Gras) révèle comment formules sucrées/grasses/salées addictives sont optimisées via neurosciences pour capter la « part d'estomac ».

Pas pour engraisser, mais pour concurrencer. Santé secondaire. Kraft (2003) tenta réformes (moins pub enfants, étiquettes, moins SSS) mais ralentit face à rivaux. Régulation nécessaire.

Katan : « L'industrie priorise profits ; produits malsains rentables (ingrédients cheap, conservation longue). Autorégulation échoue. » Nestle : ajouter sains ne suffit pas.

Solutions : éducation précoce (eau vs jus), petits formats sains. AMRC (2014) : moins fast-food écoles, pas pub HFSS avant 21h, feux obligatoires, taxe sodas +20%.


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