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Résistance aux antibiotiques : vers les antibiotiques 2.0 avec phages et innovations

SARM, Pseudomonas aeruginosa, CRE, Clostridium difficile… La liste des bactéries hospitalières multirésistantes s'allonge chaque année. Face au manque criant de nouveaux antibiotiques, elles représentent une menace majeure pour la santé publique. Quel avenir pour les antibiotiques ?

Résistance aux antibiotiques : vers les antibiotiques 2.0 avec phages et innovations

En Belgique, environ 2 500 personnes meurent chaque année des suites d'une infection nosocomiale. Cela ne concerne qu'une fraction des plus de 100 000 patients infectés annuellement par ces germes multirésistants. Les décès ont augmenté ces dernières années, faisant de la résistance aux antibiotiques une « bombe à retardement » reconnue par les organismes gouvernementaux nationaux et internationaux. Le directeur du National Health Service britannique a même comparé cette menace à celle du changement climatique en avril dernier.

Remèdes miracles d'hier

Les causes de cette résistance, concentrée dans les hôpitaux – véritables foyers de bactéries multirésistantes – sont bien connues. Depuis la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming en 1928, le monde a bénéficié d'une profusion d'antibiotiques. Initialement miracles post-Seconde Guerre mondiale, ils ont vaincu des maladies comme la tuberculose, le choléra ou la diphtérie. Mais dès la fin des années 1940, les bactéries pathogènes ont développé une résistance due à l'abus. Staphylococcus aureus, responsable d'infections pulmonaires, urinaires ou cutanées graves, est devenu résistant à la pénicilline dès 1947, puis à la méthicilline en 1961, donnant naissance au redoutable SARM, première bactérie multirésistante.

Depuis, les développeurs d'antibiotiques peinent à suivre. La vancomycine reste souvent le dernier recours en déstabilisant la paroi cellulaire bactérienne, mais elle échoue même chez certains patients. La liste des résistantes s'étend : SARM, Pseudomonas aeruginosa, CRE, Clostridium difficile

Trop peu d'investissements dans les nouveaux antibiotiques

L'industrie pharmaceutique investit peu dans ce domaine pour des raisons économiques : développement long et coûtux, prescriptions en baisse et résistance rapide réduisant la rentabilité. La FDA n'a approuvé que neuf nouveaux antibiotiques depuis 1998, dont deux seulement à mécanisme novateur. Big Pharma préfère les traitements chroniques rentables comme l'arthrite ou le diabète.

Le retour des phages

Les gouvernements doivent intervenir. Le 1er juillet, la Commission européenne a lancé Phagoburn, évaluant la phagothérapie contre les infections de brûlures par bactéries multirésistantes. Cette approche, antérieure à la pénicilline, utilise des bactériophages : virus injectant leur ADN dans des bactéries spécifiques sans affecter les commensales.

Découverts durant la Première Guerre mondiale par Félix d'Hérelle à l'Institut Pasteur, ces « mangeurs de bactéries » (du grec) ont guéri la dysenterie en 1917.

Héritage soviétique

Développée dans les années 1920-1930 par George Eliava à Tbilissi avec d'Hérelle, la phagothérapie intégra la médecine soviétique, traitant avec succès gangrène et dysenterie en Seconde Guerre mondiale. Oubliée en Occident avec les antibiotiques et la Guerre froide, elle renaît. Phagoburn étudie son application contre Escherichia coli chez les grands brûlés, via des essais cliniques identifiant la souche précise.

Évolution et sélection naturelle

Avantage majeur des phages : pas de résistance durable, car ils évoluent comme leurs cibles vivantes, contrairement aux antibiotiques statiques. Pas de « superbactéries » comme le SARM.

Antibiotiques à interrupteur lumineux

À l'Université de Groningen, des chimistes ont créé des antibiotiques photoactivables. Inactifs hors corps (eau, sols, aliments), ils s'activent par UV et s'éteignent en 2 heures, limitant la sélection résistante. Ben Feringa (Nature Chemistry) souligne leur ciblage précis, évitant la flore bénéfique.


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