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Les exigences mentales pour remporter le Tour de France : insights de l'expert Martijn Veltkamp

Quelles sont les exigences mentales qu'un cycliste de haut niveau doit satisfaire ?

Les exigences mentales pour remporter le Tour de France : insights de l expert Martijn Veltkamp

Quiconque aspire à gagner le Tour de France doit exceller non seulement physiquement, mais aussi mentalement. Martijn Veltkamp, chercheur néerlandais et auteur du livre Le moteur caché sur la psychologie du cyclisme, explique : « Un bon leader est sûr de lui, mais doit avant tout posséder de solides compétences émotionnelles. »

Le Tour de France est l'un des plus grands événements sportifs mondiaux. La concurrence y est impitoyable et le stress immense pour les favoris. Quelles exigences psychologiques un coureur d'élite doit-il remplir ? Martijn Veltkamp rit : « Une véritable liste interminable ! »


Comme souvent, les coureurs affronteront plusieurs contre-la-montre. Cette discipline solitaire est-elle psychologiquement plus difficile ?

« En réalité, on peut inverser la perspective : le contre-la-montre n'est pas forcément plus dur, mais rouler en groupe est plus facile. Vous pouvez vous abriter derrière vos concurrents. De plus, pour beaucoup de coureurs, le vélo solitaire est la base de l'entraînement. Passer ensuite au groupe rend cela plus aisé. C'est ce qu'on appelle la facilitation sociale. »


Pourtant, un petit groupe d'échappés progresse souvent plus vite qu'un peloton plus nombreux.

« Plus le groupe est grand, plus les coureurs peuvent se cacher. Si l'un ne travaille pas, les autres se démotivent. L'idéal se situe entre quatre et huit coureurs. En deçà, chacun doit trop tirer ; au-delà, l'anonymat freine l'effort. On observe la même dynamique en entreprise : quatre à huit personnes idéales pour un brainstorming. »


Les coureurs du Tour traversent souvent une mer de supporters. Quel est l'effet psychologique ?

« Encore une facilitation sociale. Le public booste motivation et performance. Attention toutefois : pour un débutant ou un amateur, l'effet inverse est fréquent. Stress et anxiété les déconcentrent, les sortant du "flow" cycliste, rendant l'effort plus ardu. »


Le stress surgit souvent en grande course, comme en descente de montagne. Pourquoi certains coureurs craignent-ils soudain les descentes ?

« La peur des hauteurs est innée dès que l'enfant rampe. Elle s'estompe, mais un chute en descente peut la raviver. Paradoxalement, en voulant éviter la rechute, le coureur se focalise sur sa posture, les freins, les virages... Il réfléchit trop et perd son automatisme. »


Que faire dans ce cas ?

« Les rivaux n'attendent pas. L'exposition graduelle est efficace : redescendre lentement d'abord, puis plus vite. Thibaut Pinot, 3e du Tour précédent, a vaincu sa peur en enchaînant les virages en voiture avec un pilote expérimenté. »


Les équipes misent sur un leader charismatique visant la victoire. Quelles qualités psychologiques doit-il avoir ?

« Pas seulement dominer ou ordonner. Il doit être confiant, doté d'une intelligence émotionnelle pour sonder l'état d'esprit de l'équipe, et d'une fine perception des enjeux. Alberto Contador, par exemple, a limité les dégâts au Giro grâce à cela lors d'une étape montagneuse difficile. »


De nombreux coureurs fixent un objectif clair, comme le Tour, reléguant le reste au second plan. Comment est-ce possible ?

« Ils structurent leur saison en blocs, concentrant leur pic de motivation sur des périodes courtes. Être au top toute l'année est impossible. Après l'objectif, une baisse est courante, suivie d'une remontée progressive. Philippe Gilbert illustre cela : au top en 2011, perdu début 2012. »


« Gilbert pédale par passion sportive. Mais si les victoires épuisent l'effet récompense, motivation et passion s'évaporent. Des études sur des enfants montrent le même : une récompense externe tue l'intrinsèque. »


Dernier sujet incontournable : le dopage. Vous notez que beaucoup de substances ont un faible effet physiologique, mais un fort placebo.

« Les coureurs surestiment : 10-40 % d'avantage perçu, alors que l'EPO n'apporte que 1-2 %. Au top niveau, cela compte, mais la croyance amplifie à 3-4 %. Inversement, ceux qui doutent de leurs rivaux "dopés" se brident eux-mêmes : effet nocebo. »

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