Else, 57 ans, partage son expérience avec l’insomnie chronique qu’elle combat depuis trente ans.
« Je suis insomniaque depuis trente ans. Cela peut durer quelques jours ou plusieurs semaines. Je ne dormais sans doute pas bien avant, mais j’en étais moins conscient jusqu’à mes 28 ans. Je me souviens d’être assis seul à table, submergé par la peur de ne plus jamais bien dormir. »
Les insomniaques estiment souvent ne pas dormir d’un clin d’œil, mais ils somnolent toujours un peu. « Je suis convaincue de passer la nuit entière éveillée. C’est comme si une lampe dans ma tête refusait de s’éteindre. Parfois, je me lève pour lire, manger ou câliner le chat. Être en position horizontale me rend plus vulnérable aux ruminations. Me reconnecter au monde extérieur apaise parfois mon esprit. »
D’autres nuits, elle reste couchée, espérant s’endormir malgré tout. « Si je parviens à dormir un peu, c’est un sommeil léger. Mon corps reste en alerte, m’empêchant d’atteindre un repos profond. »
« J’ai peur de ne pas pouvoir dormir et cette peur m’empêche de dormir. » Else
Else gère son insomnie au quotidien, mais elle impacte parfois sa qualité de vie. « Ne pas dormir rend tout morne. Curieusement, la peur de l’insomnie est pire que l'insomnie elle-même. Travailleuse indépendante, je fonctionne bien même après une nuit blanche. Mais la fatigue et le stress déclenchent mon anxiété, et la crainte de ne pas dormir s’installe. En réalité, j’ai peur de ma propre peur. Je vois le cercle vicieux se former, mais je ne sais pas l’interrompre. »
L’origine de son insomnie reste mystérieuse. Issue d’une famille d’agriculteurs, benjamine de onze enfants, elle évoque « une chaleur aimante mais une certaine rigueur qui nous rendait hypervigilants. Cela pourrait expliquer mon sommeil perturbé, renforcé par une prédisposition génétique : ma mère et certains frères et sœurs dormaient mal. »
Elle souffre aussi de bruxisme nocturne intense. « Les gens s’étonnent que mes dents soient intactes malgré le bruit. Lors d’un voyage dans le désert, mes compagnons parlaient d’un rongeur nocturne près de mon sac de couchage… J’ai gardé le silence ! Mon émail résiste, mais je porte un protège-dents pour préserver mes articulations mâchoires. »
Elle garde des somnifères à portée, utilisés avec modération. « Ils brisent parfois la spirale négative. Récemment, j’ai testé thérapie cognitive, yoga, huile de cannabis, méditation, mélatonine, réflexologie, reiki… you name it. Certaines approches aident temporairement, sans remède miracle. »
Récemment, une prise de conscience : « J’ai toujours vu l’insomnie comme un intrus extérieur, pas comme partie de moi. Accepter cette vulnérabilité pourrait être le meilleur service à me rendre. »
Dans le cadre des 10 jours Santé Mentale, un témoignage sur un trouble psychique est publié chaque jour à partir du mardi 1er octobre. Ce récit est tiré de Qu’est-ce qui ne va pas avec moi – Visages du DSM, de Vittorio Busato, qui humanise les troubles du DSM, la « bible » de la psychiatrie.
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