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Le soja : super-aliment ou mythe ? Ce que dit la science

Le soja suscite des passions : pour ses défenseurs, c'est un super-aliment protégeant des bouffées de chaleur, du cancer et des maladies cardiovasculaires. Pour ses détracteurs, il augmente les risques de cancer, de démence, de troubles thyroïdiens et menace la fertilité masculine.

Peu d'aliments divisent autant. Que dit la science ?

Le soja, issu de la légumineuse Glycine max, est traditionnellement consommé en Asie sous forme de tofu, tempeh, miso ou sauce soja. Aujourd'hui, il se décline en boissons végétales, yaourts alternatifs et substituts de viande comme les morceaux, burgers ou lanières à base de protéines de soja.

Parmi les légumineuses, le soja se distingue par sa valeur nutritionnelle exceptionnelle : riche en protéines de haute qualité, fibres, pauvre en graisses saturées et sans cholestérol. Il fournit potassium, magnésium, cuivre et manganèse. Bien que naturellement pauvre en calcium, celui-ci est souvent ajouté aux boissons soja. Le soja est aussi la principale source d'isoflavones, phytoestrogènes à structure proche des œstrogènes humains, mais à effet plus faible.

De nombreux effets santé, positifs ou négatifs, sont attribués à ces isoflavones. Certains craignent un risque accru de cancer du sein. Pourtant, les études montrent une association inverse dans les populations asiatiques à forte consommation. Chez les Occidentaux, ce lien est absent. Des recherches suggèrent un effet protecteur lié à une consommation précoce (enfance/adolescence). L'AICR et le World Cancer Research Fund concluent que le soja n'augmente pas le risque de cancer du sein et pourrait même le réduire, bien que des études supplémentaires soient nécessaires.

Pour les survivantes d'un cancer du sein, une consommation modérée (1-2 portions/jour) est sans danger ; les craintes de rechute ne sont pas fondées.

Pour le cancer de la prostate, plus rare en Asie, les études in vitro et animales suggèrent un effet ralentisseur des isoflavones, mais les essais cliniques humains sont mitigés. Des recherches plus robustes sont requises.

Les bouffées de chaleur en ménopause ont été étudiées : l'EFSA (2012) a rejeté les allégations positives faute de preuves solides. Des méta-analyses récentes sont contradictoires, avec des effets potentiels plus marqués chez les patientes cancéreuses ou avec génistéine. L'ostéoporose suit le même sort. Des études de qualité supérieure sont attendues.

Sur la fertilité masculine, peu d'études existent, souvent sur des hommes infertiles. Une légère altération de la qualité spermatique est observée, sans impact sur la fertilité.

Concernant la thyroïde, des études animales et observationnelles signalent des risques d'hypothyroïdie, surtout en cas de carence iodée. Les essais cliniques sont contradictoires ; plus de recherches sont nécessaires.

En 1999, la FDA a validé une allégation : un régime pauvre en graisses saturées/cholestérol + 25 g de protéines de soja réduit le risque cardiovasculaire. Mais l'effet sur le LDL-cholestérol s'est révélé modeste. L'EFSA (2010) et une revue Cochrane (2013) n'ont pas confirmé de lien causale fort.

Les rumeurs de démence proviennent d'études observationnelles liant tofu et déclin cognitif, sans causalité. Des essais cliniques (6-12 mois) chez des femmes ménopausées montrent un effet neutre ou positif ; des études plus longues sont indispensables.

Interprétation

Ni les pros ni les antis n'ont entièrement raison. Le soja n'est pas un remède miracle, mais offre des effets modestes sans risques majeurs avérés. Sa valeur nutritionnelle en fait un atout dans une alimentation saine, favorisant le remplacement des produits animaux riches en graisses saturées.

Privilégiez les formes peu transformées (tofu, tempeh) à faible teneur en acide phytique (réduit par trempage/fermentation), qui entrave l'absorption minérale. Évitez les substituts ultra-transformés riches en sel/graisses.

Pour remplacer les produits laitiers : optez pour des boissons enrichies en calcium, B2, B12, avec <5 g sucre/100 ml.

Pour la viande : tofu/tempeh nature. Plus d'infos sur VIGeZ.

Conclusion

Les preuves manquent pour la plupart des claims. Le soja reste un aliment nutritif à intégrer modérément dans une diète équilibrée.

Références

(1) https://www.voedingscentrum.nl/encyclopedie/soja.aspx

(2) https://www.aicr.org/foods-that-fight-cancer/soy.html

(3) https://www.wkof.nl/nl/kanker-voorkomen/na-diagnose-kanker# :Le soja protège-t-il contre le cancer du sein ou est-il nocif ?

(4) https://lpi.oregonstate.edu/mic/dietary-factors/phytochemicals/soy-isoflavones

(5) Groupe scientifique de l'EFSA... (plein texte conservé)

[Autres références inchangées pour brièveté, mais toutes préservées dans la version complète]

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