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La consistance de vos selles définit la norme de la flore intestinale

Dur ou mou ? Cette question simple recèle des informations essentielles pour développer des traitements basés sur la flore intestinale. Pourtant, jusqu’à récemment, elle était rarement prise en compte.

Plus de 25 000 Belges souffrent régulièrement de troubles intestinaux graves, tels que diarrhée ou douleurs abdominales intenses. La médecine fonde de grands espoirs sur les thérapies ciblant la flore intestinale. Les bactéries de notre intestin jouent un rôle clé dans de nombreuses fonctions vitales. Un déséquilibre de leur composition peut causer ou aggraver des maladies.

Les traitements microbiotiques en sont encore à leurs débuts. Un oubli majeur : pour identifier ce qui est « pathologique », il faut d’abord définir ce qui est « normal ». L’équipe de Jeroen Raes (VIB, KU Leuven) change la donne.

Il y a cinq ans, elle a lancé un appel massif au don de selles, riches en bactéries intestinales. Des milliers de volontaires belges ont répondu, remplissant des questionnaires détaillés sur leur santé, alimentation, bien-être, composition familiale et échantillon fourni.

Une question unique portait sur la consistance des selles : « Comment sont vos selles ? » Les participants devaient les évaluer de 1 à 7 selon des dessins et descriptions (échelle de Bristol). Cette donnée s’est révélée la plus prédictive, bien qu’ignorée jusqu’alors en recherche microbiotique.

Dur ou mou : un facteur clé

La consistance des selles explique la plus grande part de la variation de la flore intestinale. L’équipe a identifié 68 facteurs additionnels influents. Les médicaments surpassent les attentes, et l’alimentation (pain complet vs. blanc) arrive souvent en tête.

Toutefois, l’ensemble n’explique que 16 % des différences interindividuelles. La variabilité de la flore chez les personnes saines reste immense, rendant les questionnaires insuffisants seuls.

La consistance de vos selles définit la norme de la flore intestinale

Pour détecter un signal pathologique, il faut un large échantillon, au-delà de la variabilité naturelle. Par exemple, comparer 400 personnes minces et 400 obèses pour l’effet obésité.

Ces connaissances optimisent les études futures : en intégrant ces facteurs, les analyses statistiques gagnent en sensibilité, les modèles en précision, et les appariements patients-témoins s’améliorent.

Les types de flore

Selles dures : plus d’espèces bactériennes que la moyenne flamande, flore riche. Selles molles : moins d’espèces. Des études antérieures liaient flore pauvre aux maladies intestinales, suggérant une flore riche plus saine. Ces résultats nuancent : une flore pauvre peut être compatible avec une bonne santé.

L’aspect des selles indique le type de flore : vert, rouge ou bleu.

Type vert : lié à un régime riche en fibres, mode de vie sain, mais aussi maladies ; fréquent chez selles molles.

Type rouge : associé à un mode de vie occidental, consommation de viande rouge.

Type bleu : encore mystérieux, mais lié aux selles dures.

Stabilité de la flore

La teneur en eau n’altère pas les bactéries : tous les échantillons offraient assez d’eau disponible. Le temps de transit ou les fibres importent plus.

De nouvelles recherches montrent que les personnes ayant une flore intestinale moins riche peuvent être en aussi bonne santé.

La stabilité temporelle de la flore reste à élucider. De nouvelles études sont en cours, avec une procédure optimisée : la DiviBox divise l’échantillon sur place, améliorant qualité, coût et rapidité (x10). Cela accélère la recherche sur les maladies intestinales.

Contribuez au projet : vlaamsdarmfloraproject.be.

Doris Vandeputte (bio-ingénie, VIB-KU Leuven / VUB), nominée Flemish PhD Cup 2017 pour ses travaux sur les troubles intestinaux.

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