Un dépistage populationnel permet de détecter précocement les tumeurs colorectales et de réduire significativement la mortalité. 1,4 million de Flamands âgés de 56 à 74 ans seront désormais testés tous les deux ans.

Dans les pays occidentaux, des dizaines de personnes apprennent chaque jour qu'elles sont atteintes d'un cancer colorectal. Un quart d'entre elles n'y survit pas. Un dépistage populationnel précoce peut considérablement diminuer ce taux de mortalité élevé. Ainsi, 1,4 million de Flamands âgés de 56 à 74 ans bénéficieront désormais d'un test tous les deux ans.
Tout Flamand de plus de 55 ans averti par le Centre de détection du cancer colorectal doit analyser un échantillon de selles pour détecter d'éventuelles traces de sang invisibles à l'œil nu. Le gouvernement flamand a lancé cette semaine ce vaste programme de dépistage populationnel. En 2009, près de 20 000 habitants des communes anversoises de Borgerhout, Vosselaar et Schilde ont reçu une invitation de l'Université d'Anvers pour participer à une étude pilote sur le cancer colorectal. « Cette recherche, menée à la demande du gouvernement flamand, visait à évaluer la faisabilité d'un tel programme », explique le sociologue médical Guido Van Hal de l'Université d'Anvers, coordinateur du projet. « De nombreuses études montrent que le cancer colorectal est idéal pour un dépistage populationnel. Un screening tous les 50-74 ans pourrait réduire les décès d'au moins 15 %. Sur cette base, la Commission européenne recommande à tous ses États membres d'instaurer un tel programme. » Plus de 40 % des pays de l'UE ont déjà mis en place ou préparent un dépistage du cancer colorectal.
« Le cancer colorectal se prête particulièrement bien au dépistage en raison de son incidence et de sa mortalité élevées », précise le gastro-entérologue et oncologue digestif Eric Van Cutsem de l'UZ Gasthuisberg à Louvain. En Belgique, environ 7 175 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, dont 40 % environ sont mortels (2 930 décès annuels), selon le Registre national du cancer. À titre de comparaison, cela dépasse largement le nombre d'accidents de la route (environ 700 morts par an).
Comme pour de nombreux cancers, le cancer colorectal évolue en quatre stades : de la tumeur limitée à la paroi intestinale aux métastases distantes. « Plus la découverte est précoce, meilleures sont les chances de survie », souligne Van Cutsem. « Le dépistage vise à identifier les tumeurs avant l'apparition de symptômes. Un adénome (polype bénin) met en moyenne sept ans à dégénérer en cancer, laissant du temps pour l'intervention. L'incidence et la mortalité augmentent fortement après 50 ans, d'où la recommandation européenne d'un test tous les deux ans pour les 50-74 ans. »

Projet pilote
Pour maximiser la participation, un projet pilote a testé les meilleures approches. Les participants préfèrent recevoir un kit de test à domicile plutôt que de se déplacer chez le médecin.
Le choix du test est crucial. « En Wallonie, on utilise le test classique au guajac (RSOSg), jugé peu pratique par des pilotes néerlandais », note Van Hal. « Il nécessite deux échantillons de trois selles consécutives. La Flandre opte pour le test immunochimique (RSOSi) : un simple prélèvement avec une brosse, puis envoi du tube. »
Les deux tests détectent le sang occulte dans les selles, mais diffèrent : le guajac requiert un régime sans viande rouge et réagit au sang animal ; l'immunochimique est spécifique au sang humain colorectal, ignorant les saignements gingivaux par exemple.
Sang caché
« Tout cancer colorectal provient d'un adénome (polype précancéreux), qui saigne sporadiquement », explique Van Cutsem. « Ce sang est souvent invisible ou attribué à des hémorroïdes. Le test immunochimique révèle ces traces pour cibler polypes et tumeurs. »
Sur 19 542 invités anversois, 8 219 ont testé (42 %). 435 positifs (>75 ng/ml) ont été invités à une coloscopie : sur 318 réalisés, 18 cancers détectés, plus de nombreux polypes retirés.
Fardeau familial
20-25 % des cas ont un lien familial. Deux syndromes héréditaires (FAP, Lynch) concernent 3-4 % ; pour les autres, coloscopies régulières dès 40 ans pour les apparentés au 1er degré. Chez 75 %, facteurs comme âge (>50 ans), mode de vie occidental (surpoids, sédentarité, viandes grasses, faible apport en fibres).
Traitement
« Chirurgie en première ligne : résection tumorale. Pour le côlon, anastomose ; pour le rectum, risque de stomie si sphincter touché. Chimiothérapie/radiothérapie selon stade et métastases (foie, poumons) », détaille Van Cutsem.
Le ministre flamand Jo Vandeurzen (CD&V) lance le dépistage bisannuel pour les 56-74 ans. Aux Pays-Bas, programme similaire prévu 2014-2019. (Article mis à jour d'Eos Magazine n°6, juin 2011).
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