L'immunothérapie a sauvé la vie d'Emily Whitehead, une petite Américaine épuisée par la maladie. Le professeur Tessa Kerre, hématologue à l'UZ Gent, raconte son parcours inspirant.
"En mai 2010, Emily Whitehead, âgée de cinq ans, est tombée gravement malade", explique le professeur Tessa Kerre. "Elle souffrait d'une leucémie aiguë lymphoblastique (ALL), la forme la plus courante chez les enfants, avec un taux de guérison de 85 à 90 %. Après une chimiothérapie initialement efficace, la maladie a récidivé deux fois, de manière plus agressive. Les soins palliatifs semblaient inévitables. Mais les parents d'Emily, sept ans à l'époque, ont refusé de baisser les bras."
"Apprenant l'existence d'un traitement innovant, ils ont saisi cette chance unique. Jamais testée chez les enfants ni pour cette leucémie, la thérapie cellulaire CAR-T – une immunothérapie alors expérimentale – a été administrée à Emily en avril 2012. Elle est devenue pionnière. "Six ans plus tard, Emily est en rémission complète. Nous considérons qu'elle est guérie, bien que rien ne soit jamais certain à 100 %", précise le professeur Kerre.
Aujourd'hui, cette thérapie est disponible en Europe : l'UZ Gent a réalisé le premier traitement chez un enfant il y a plus de deux ans. L'hôpital a déjà pris en charge 15 patients, affirmant sa position de leader dans cette approche révolutionnaire.
"En hématologie et oncologie, l'immunothérapie ouvre une ère passionnante, mais intimidante", confie le professeur Kerre. La nouveauté implique une pression élevée et des incertitudes sur les complications potentielles.
Il est crucial que les patients comprennent leur maladie et le traitement. "C'est un défi majeur tant cette thérapie est complexe. Nous avons créé Immuno-T, une bande dessinée animée qui l'explique de façon simple et captivante." Le professeur Kerre est nominée au prix EOS du meilleur communicateur scientifique pour cette initiative. Votez ici pour ce prix.
Comment fonctionne la thérapie CAR-T ? "Elle utilise les lymphocytes T du patient, les 'troupes d'élite' des globules blancs. Ces cellules immunitaires识别 et détruisent normalement les cellules cancéreuses. En cas d'échec face au cancer, on les préleve, on les modifie génétiquement en laboratoire pour qu'elles ciblent mieux les tumeurs, puis on les réinjecte."
Au-delà de la leucémie, la CAR-T réussit contre d'autres cancers résistants aux chimiothérapies, radiothérapies, chirurgies ou thérapies ciblées classiques.
Son impact est reconnu mondialement : 'Percée de l'année 2013' par Science, couverture de Time Magazine, Nobel de médecine 2018 à James Allison et Tasuku Honjo pour les inhibiteurs de points de contrôle (autre immunothérapie), et 'Avancement de l'année 2018' par l'ASCO pour la CAR-T.
Souhaitez-vous écouter le professeur Kerre ou lui poser des questions ? Elle présentera un talk passionnant sur Immuno-T lors de la Journée de la science à Gand ! Cliquez ici pour plus d'informations.