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Le système immunitaire : notre second cerveau ? Interactions avec le cerveau et l'environnement social

Un récit fascinant des interactions entre notre système immunitaire, notre cerveau et notre environnement social, au service de notre survie.

Nous possédons tous un cerveau, c'est évident. Nous avons aussi un système immunitaire, comme on l'apprend en biologie. Moins connu : ce système peut être vu comme un second cerveau, ou du moins comme une extension du premier. Ils collaborent étroitement pour maximiser nos chances de survie, partageant de nombreuses similitudes. Tous deux disposent de compétences innées essentielles, sont plastiques – c'est-à-dire adaptables à leur environnement – et possèdent une mémoire.

Le système immunitaire : notre second cerveau ? Interactions avec le cerveau et l environnement social

La survie est la priorité évolutive de notre corps : vivre assez longtemps pour se reproduire, et élever notre progéniture afin que nos gènes perdurent. Le cerveau y contribue via la mémoire, qui identifie les dangers (comme un puits profond) par instinct ou expérience (une chute d'enfance ayant causé une fracture). Le système immunitaire joue un rôle clé : face à des pathogènes (virus, bactéries) ou blessures (coupure), il déclenche une inflammation innée pour limiter les dommages. Symptômes : rougeur, gonflement, douleur. Si sa mémoire reconnaît un agent (ex. : variante delta du Covid-19), la réponse est plus rapide. L'inflammation brève est efficace ; chronique, elle favorise infections récurrentes, maladies cardiaques et dépression.

Le système immunitaire : notre second cerveau ? Interactions avec le cerveau et l environnement social

Une théorie psychobiologique récente élargit cette vision : menaces sociales et isolement raccourcissent la vie, le système immunitaire réagissant par inflammation aux stress sociaux [1].

Les humains sont hypersociaux, fruit de l'évolution : isolés, nos ancêtres risquaient plus face aux mammouths ou prédateurs. Aujourd'hui, un solide réseau social booste la survie. Une étude montre que l'isolement social augmente de 50 % le risque de mortalité prématurée, effet comparable au tabagisme [3]. Rejet ou solitude stressent profondément, via mécanismes inflammatoires modifiant notre comportement (repli sur soi).

Ainsi, une menace sociale perçue par le cerveau active l'inflammation immunitaire. Brève, elle protège santé physique et mentale ; prolongée, elle nuit. Le cerveau scanne l'environnement, mais ses biais (ex. : méfiance apprise dans l'enfance [4]) peuvent induire inflammation chronique et ses conséquences néfastes.

Le système immunitaire : notre second cerveau ? Interactions avec le cerveau et l environnement social

Ces avancées scientifiques estompent les frontières esprit-corps, promettant de révolutionner les soins pour troubles sociaux, psychologiques et physiques. Plus de recherches sont nécessaires pour élucider ces interactions, mais l'avenir s'annonce passionnant.

Article rédigé par Koen Raymaekers, doctorant à la KU Leuven. Parution également sur opgrownblog.wordpress.com.

[1] Slavich, G. M. (2020). Théorie de la sécurité sociale : une perspective évolutionniste biologique sur le stress, la santé et le comportement. Annual Review of Clinical Psychology, 16(1), 265-295.

[2] Les humains surpassent en sociabilité bien des espèces animales. Même introverti, vous êtes plus sociable qu'un escargot moyen !

[3] Holt-Lunstad, J., Smith, T. B. & Layton, J. B. (2010). Relations sociales et risque de mortalité : une méta-analyse. PLOS Medicine, 7(7), e1000316.

[4] Causes possibles : attachement insecure avec les parents.


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