La stimulation électrique de la moelle épinière réduit efficacement les lombalgies chroniques chez de nombreux patients. Ce traitement influence également le système de la douleur dans le cerveau.
Près d'un adulte sur quatre en Belgique souffre de maux de dos. À l'échelle mondiale, la lombalgie chronique, qui persiste plus de trois mois, représente un problème de santé publique majeur et l'une des premières causes d'invalidité.
Les analgésiques, les médicaments ou la chirurgie apportent un soulagement chez certains patients. Cependant, pour près de quatre sur dix, ces approches échouent. On parle alors de syndrome d'échec de la chirurgie du dos (ou FBSS pour Failed Back Surgery Syndrome).
Pour ces patients réfractaires, la stimulation de la moelle épinière peut être une solution. Ce traitement consiste à délivrer de faibles impulsions électriques à la moelle épinière, qui relie le cerveau à tous les nerfs du corps. Deux électrodes fines, reliées à un dispositif implanté sous la peau, transmettent ces stimuli imperceptibles pour le patient.
Ce traitement atténue la douleur, potentiellement via des effets spinaux sur la moelle. Cependant, des recherches récentes suggèrent que des mécanismes cérébraux y contribuent également.
En collaboration avec le groupe Stimulus du département de neurochirurgie de l'UZ Brussel, j'ai étudié les effets de la stimulation de la moelle épinière sur le cerveau. Notre étude a porté sur le stimulateur HF10, validé pour réduire les lombalgies depuis 2015. Implanté à vie, il est rechargeable, évitant des réinterventions.
Onze patients ont bénéficié d'un implant médullaire. Notre étude pilote visait à confirmer un impact cérébral, posant les bases d'essais à plus grande échelle.
Initialement stimulés via un dispositif externe, les patients qualifiés (réduction d'au moins 50 % de la douleur et satisfaction) ont reçu un implant permanent. Des suivis réguliers, incluant IRM cérébrales, ont permis d'évaluer les effets sur la douleur et le cerveau.
La thérapie semble rétrécir l'hippocampe, tout en réduisant la douleur
Le cerveau est plastique et s'adapte constamment, comme chez les chauffeurs de taxi (hippocampe élargi) ou les musiciens (changements corticaux).
La douleur chronique altère les régions du système de la douleur, aggravant les symptômes. Si la douleur modifie le cerveau, un traitement efficace peut-il le restaurer ?

Un mois après le début, amélioration psychologique notable. Dès trois mois, réduction moyenne de 25 % de l'intensité douloureuse lombaire, et parfois des jambes.
Les IRM révèlent un hippocampe réduit après trois mois – une diminution minime, équivalente à un quarante-ième d'une pièce de 1 cent.
L'hippocampe, impliqué dans la mémoire et le système de la douleur, stocke la "mémoire douloureuse".
Plus le traitement progresse, plus l'hippocampe rétrécit, corrélé à la diminution de la douleur. Des études futures préciseront les mécanismes cellulaires.
La douleur chronique élargit l'hippocampe ; la stimulation semble le normaliser, effaçant potentiellement la mémoire douloureuse et restaurant la régulation.
Cela repositionne la stimulation médullaire : le cerveau comme médicament ?
Des questions persistent : durabilité au-delà de trois mois ? Effets sur d'autres zones du système douloureux ? Causalité (cause ou conséquence) ?
Félix Buyck, diplômé en médecine de l'Université Libre de Bruxelles. Cet article s'appuie sur sa thèse de master, nominée au Prix de thèse flamand.