FRFAM.COM >> Science >> Histoire

L'émergence de l'agriculture a profondément transformé notre système immunitaire

L'avènement de l'agriculture représente un tournant majeur dans l'histoire humaine, ayant radicalement modifié notre système immunitaire. Les nouveaux pathogènes rencontrés par les premiers agriculteurs ont contraint ce système à adopter des réactions moins intenses.

Il est établi depuis longtemps que les premiers agriculteurs étaient plus souvent malades que les chasseurs-cueilleurs. Des études sur des sites néolithiques comme Çatalhöyük en Turquie indiquent une exposition à de nouvelles maladies, telles que la salmonelle et la grippe. Avant l'agriculture, les populations vivaient en petites communautés nomades, limitant les contacts avec les pathogènes, explique José Dominguez-Andrés, chercheur associé au Radboud University Medical Center de Nimègue, spécialiste des maladies infectieuses.

« Durant la révolution néolithique, les humains se sont sédentarisés en groupes plus grands et ont côtoyé de près les animaux, souvent sous le même toit. Nombre de maladies sont zoonotiques, augmentant ainsi l'exposition aux pathogènes. L'agriculture a aussi altéré l'alimentation et le mode de vie, constituant un choc immense pour l'immunité. »

Analyse de l'ADN fossile

Pour évaluer l'impact sur l'immunité ancestrale, Dominguez-Andrés et son équipe ont corrélé génome actuel et réponses immunitaires. Des échantillons de sang ont permis de mesurer les cytokines, protéines régulatrices de l'immunité. « Nous avons comparé ces données aux profils génétiques pour identifier les variations liées à des réponses spécifiques », précise le chercheur.

« Les chasseurs-cueilleurs avaient une réponse inflammatoire beaucoup plus forte que nous »

Impossible de mesurer directement les réponses inflammatoires passées, mais l'ADN fossile l'est. « Grâce aux génomes anciens et aux corrélations actuelles, nous inférons les réactions immunitaires historiques. »

L'analyse révèle une immunité pré-néolithique très différente : « Les chasseurs-cueilleurs montraient une inflammation intense. Chez les néolithiques, elle était atténuée face à certains pathogènes. L'agriculture marque un pivot évolutif de notre immunité. »

Plus de pathogènes, moins d'inflammation

Paradoxalement, face à une exposition accrue, l'immunité a réduit ses réponses inflammatoires. « Souvent, l'excès inflammatoire nous nuit plus que le pathogène. Une réaction modérée favorise la résilience. Les pathogènes en profitent aussi, favorisant une coévolution. Cette adaptation a permis de s'ajuster au nouveau mode de vie agricole. »


[]