Premiers résultats prometteurs : une équipe internationale a combiné pour la première fois l'immunothérapie et l'édition génétique CRISPR chez des patients atteints de cancer. Cette approche permet des modifications précises de l'ADN des cellules immunitaires pour mieux cibler les tumeurs.
L'immunothérapie mobilise nos propres cellules immunitaires contre le cancer. Publiés dans la revue Science, ces travaux décrivent l'injection de cellules T modifiées par CRISPR chez trois patients, démontrant la faisabilité et la sécurité initiale de cette méthode innovante.
Les cellules T, véritables soldats de notre système immunitaire, neutralisent normalement les envahisseurs. Mais elles peinent souvent face aux cellules cancéreuses, que leurs récepteurs ne reconnaissent pas comme une menace. L'immunothérapie "réarme" ces soldats pour qu'ils attaquent efficacement les tumeurs.
Une méthode courante consiste à extraire les cellules T, à les modifier génétiquement pour y insérer un récepteur spécifique aux cellules cancéreuses, puis à les réinjecter. "Cette approche présente encore des limites", explique Evelien Smits, experte en immunothérapie à l'UAntwerp. "Elle peut hyperactiver le système immunitaire, causant de graves effets secondaires. De plus, les nouveaux récepteurs risquent de se lier à des récepteurs naturels, réduisant l'efficacité."
Dans Science, les chercheurs décrivent trois modifications précises de l'ADN des cellules T via CRISPR. Ils ont d'abord inséré un gène codant un récepteur spécifique au cancer. Puis, ils ont désactivé deux gènes pour éliminer les récepteurs naturels et éviter les liaisons indésirables. Enfin, ils ont inactivé le gène PD-1, un "frein" immunitaire exploité par les tumeurs – une découverte récompensée par le Nobel de médecine 2018.
"Cela suggère que nous pouvons utiliser CRISPR pour aider le système immunitaire à attaquer le cancer." Evelien Smits, experte en immunothérapie (UAntwerp)
Ces cellules modifiées ont été réinjectées chez trois patients en phase terminale, résistants aux traitements standards. Aucun miracle n'a eu lieu : un patient est décédé, deux se sont aggravés. Mais l'objectif premier était la sécurité et la persistance des cellules, détectées jusqu'à neuf mois dans le sang. Les effets hors cible de CRISPR étaient limités. Des essais plus larges sont nécessaires.
"Cela ouvre la voie à l'utilisation de CRISPR pour booster l'immunothérapie contre un plus large spectre de cancers", conclut Smits.
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