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Coronavirus : quelles évolutions possibles selon les experts scientifiques ?

Alors que les autorités sanitaires mondiales luttent contre la propagation du nouveau coronavirus, les experts évaluent la gravité potentielle de l'épidémie. Plus de 20 000 cas d'infection ont été recensés à ce jour, touchant principalement les voies respiratoires et pouvant entraîner la mort dans les formes graves. Le bilan mortel s'élève à 636 décès, en constante augmentation. Des données essentielles sur le virus et sa transmission manquent encore. Les scientifiques s'appuient sur les informations disponibles et les leçons des épidémies passées pour anticiper les scénarios futurs.

Combien de personnes seront infectées ?

Les autorités chinoises ont isolé les villes touchées, et les chercheurs ont partagé toutes les données connues avec l'OMS. Malgré cela, les infections augmentent. Selon une modélisation, environ 46 000 des 30 millions d'habitants de Wuhan et ses environs pourraient être infectés. Au mieux, ce chiffre sera inférieur, et les mesures de quarantaine et de masques devraient freiner la propagation, estime Ben Cowling, épidémiologiste à l'université de Hong Kong. Cependant, il est prématuré d'évaluer leur efficacité, la période d'incubation étant de 14 jours et les mesures récentes.

Dans le pire scénario, jusqu'à 190 000 personnes à Wuhan pourraient être touchées, selon un autre modèle. Les scientifiques surveillent particulièrement les foyers hors Chine : Vietnam, Japon, Allemagne, États-Unis. Plus de 150 cas ont été rapportés à l'étranger au 3 février, dont un décès aux Philippines. Les autorités ont rapidement isolé les patients.

Le virus deviendra-t-il endémique ?

Un virus est endémique s'il circule durablement dans une région, comme ceux de la varicelle ou de la grippe. Si les mesures de contention échouent et si la transmission asymptomatique est confirmée, le risque d'endémicité augmente. Comme pour la grippe, cela pourrait entraîner des décès annuels sans vaccin. À l'inverse, si chaque infecté contamine moins d'une personne, l'épidémie pourrait s'éteindre, selon Cowling.

Des cas asymptomatiques sont documentés, mais leur fréquence et contagiosité restent incertaines. Contrairement au SRAS (2002-2003), qui se transmettait surtout chez les patients hospitalisés et a été éradiqué, ce coronavirus peut être silencieux, note Ian Mackay, virologue à l'université du Queensland.

Et si le virus mute ?

Actuellement, il cause des formes graves chez les personnes âgées ou fragiles. Certains craignent une mutation augmentant la transmissibilité ou la létalité chez les jeunes. Kristian Andersen, expert en maladies infectieuses à Scripps Research (Californie), juge cela improbable : les mutations sont courantes mais rarement plus virulentes. Une étude sur le SRAS de 2003 montre même une mutation atténuante. Les séquences génomiques partagées permettront de suivre les évolutions, selon Mackay.

Quel sera le bilan mortel ?

Le taux de mortalité (2-3 % sur plus de 22 000 cas et 636 décès) est difficile à évaluer en temps réel, inférieur au SRAS (10 %). Il dépend de la gestion chinoise : oxygénothérapie et soutien vital aident le système immunitaire. Dans les zones à infrastructures limitées comme en Afrique, les soins seront compliqués, alerte Sanjaya Senanayake, spécialiste à l'université nationale australienne.

L'OMS a déclaré l'urgence internationale le 30 janvier, craignant une propagation dans les pays à santé fragile. Aucun traitement spécifique n'existe, mais des antiviraux VIH sont testés et des vaccins en développement. Ce taux reste élevé comparé à la grippe, note Adam Kamradt-Scott (université de Sydney). La grippe de 1918 a tué 50 millions de personnes, mais le coronavirus épargne généralement les jeunes en bonne santé.

Copyright Nature News.

Traduction de Laurence Verhees.

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