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Cornée artificielle à base d'amidon : une innovation contre la cécité cornéenne

Dans le monde, une cornée donneuse n'est disponible que pour 70 personnes souffrant de cécité cornéenne. C'est pourquoi, au sein du centre ARGOS (Antwerp Research Center for Ocular Science), nous développons une cornée artificielle. L'un de ses composants essentiels provient de la fécule de pomme de terre.

Une anomalie génétique ou un dommage lors d'une chirurgie de la cataracte peut obscurcir la cornée, la "fenêtre de l'œil". La vision se dégrade progressivement, menant à une cécité complète en une dizaine d'années. Pour ces patients, le monde ressemble à un pare-brise embué. Seule une greffe partielle de l'endothélium cornéen – couche interne prélevée sur un donneur décédé – peut restaurer une vision nette en quelques semaines, pour de nombreuses années.

Cornée artificielle à base d amidon : une innovation contre la cécité cornéenne

Malheureusement, le manque de donneurs pose problème. Une cornée est disponible pour 70 patients dans le monde. Les greffes endothéliales représentent 40 % des interventions. Une alternative artificielle libérerait des cornées pour d'autres patients.

Nous recréons l'endothélium en laboratoire via l'ingénierie tissulaire : culture de cellules sur une membrane porteuse. Une seule cornée donneuse permet ainsi de traiter plusieurs patients, réduisant les listes d'attente. Les cellules endothéliales sont exigeantes : elles ne croissent que sur un substrat mimant parfaitement l'œil, sous peine de dysfonction.

Yeux, écailles de poisson et amidon recyclé

Initialement, nous avons testé des lentilles retirées lors de chirurgies de cataracte, dont la membrane ressemble à celle de la cornée. Prometteurs mais limités par la taille et les risques sécuritaires, ces tests ont été abandonnés.

Deuxième piste : les écailles de Tilapia, utilisées à Taïwan comme pansements oculaires. En collaboration avec une start-up taïwanaise et un centre vénitien, nous les avons évaluées. Plus grandes et solides, elles étaient trop épaisses et rugueuses pour la croissance cellulaire.

Le résultat est un matériau qui, à première vue et au toucher, ressemble à un film plastique.

Les matériaux naturels sont difficiles à adapter. Nous avons donc développé, avec des experts en matériaux de l'Université de Gand, un bioplastique sur mesure : acide polylactique issu de fécule de pomme de terre et gélatine de bovin. Bon marché, illimité et adaptable, ce matériau dégradable est transparent et biocompatible.

Cornée artificielle à base d amidon : une innovation contre la cécité cornéenne

Photo : À l'œil nu, un film plastique ; au microscope, deux couches distinctes : acide polylactique et gélatine.

Les tests sont encourageants : transparence parfaite, adhésion cellulaire optimale, épaisseur jusqu'à 10 fois inférieure à un cheveu humain, tout en restant manipulable chirurgicalement. Première mondiale pour cette finesse, favorisant une récupération visuelle rapide. Prochaine étape : simulations de greffes sur yeux de porc et lapin.

Bert Van den Bogerd est nominé pour la Flemish PhD Cup. Plus d'infos sur ses recherches : www.phdcup.be.

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