Un tueur laisse son ADN sur la scène de crime, mais sans correspondance exacte. Grâce à l'analyse du chromosome Y masculin via Crime Scene Investigation (CSY), nous retraçons la lignée paternelle de l'agresseur pour résoudre ces cold cases après des décennies.
Le 16 mars 1991, Ingrid Caeckaert, jeune agente immobilière, est assassinée dans son appartement à Knokke-Heist. L'ADN de l'agresseur est retrouvé sur place, mais aucune correspondance identique n'existe dans les bases de données belges. L'affaire, classée "cold case" depuis 30 ans, reste irrésolue.
En Belgique, seules les correspondances ADN exactes sont admises pour éviter les erreurs judiciaires. Mes recherches changent la donne : en analysant les profils "proches" via l'ADN du chromosome Y, transmis presque inchangé de père en fils sur des générations. Cela permet d'identifier des cousins ou parents éloignés, impossible avec les méthodes standards.

Le code ADN se recombine à chaque génération, contrairement à l'ADN-Y hérité intact.
Le CSY exploite le chromosome Y masculin, présent chez plus de 90 % des auteurs de meurtres en Belgique. Sans base de données Y-ADN dédiée, nous recrutons des volontaires masculins autour de la scène de crime pour comparer leur ADN-Y à celui de l'agresseur via une étude de parenté à grande échelle.
Ces analyses sont coûteuses et longues. Dans ma thèse de doctorat, j'ai développé trois outils : CSYseq séquence simultanément près de 100 chromosomes Y ; Ysurnames prédit le nom de famille probable de l'agresseur ; YMrCA estime le degré de parenté. Ainsi, la police remonte l'arbre généalogique avec précision.

Ma thèse optimise la parenté Y-ADN : CSYseq détecte les régions clés, Ysurnames prédit le nom, YMrCA calcule la proximité.
Premier prix au Congrès mondial de médecine légale. La législation belge pourrait bientôt évoluer.
Nous comparons les régions mutées du chromosome Y des volontaires à celles de l'agresseur. Les mutations rapides identifient les parents proches (frères, cousins), les lentes tracent l'origine jusqu'à 300 000 ans via les haplogroupes A à T.
Avec mon promoteur, j'ai créé CSYseq, première méthode analysant mutations rapides et lentes en parallèle, pour 100 échantillons simultanément. Lauréat du premier prix au Congrès mondial de médecine légale en 2019, cette innovation suscite un intérêt international.

Les mutations lentes Y révèlent les origines via 20 haplogroupes, de A à T.
Si un volontaire correspond, Ysurnames évalue la probabilité d'un nom de famille partagé (basé sur 1 100 patronymes). YMrCA, calibré sur 2 500 mâles apparentés, estime le nombre de générations séparant le match de l'agresseur.
En Belgique, l'usage judiciaire du Y-ADN et de la parenté n'est pas encore autorisé. Pourtant, 96 % des participants à mon enquête soutiennent cette approche pour les cold cases. Participez sur www.csy-leuven.be et aidez à résoudre un meurtre !

(Gauche) Présentation à l'ISFG19 ; (droite) Réception du prix principal.
Sofie Claerhout, nominée à la Flemish PhD Cup. Plus d'infos sur www.phdcup.be.