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La sex tape : un phénomène sociétal en pleine expansion chez les jeunes

Se filmer lors d'un rapport intime n'est plus réservé aux célébrités ou aux sportifs. La sex tape est devenue un véritable phénomène de société.

Cet article, paru dans Psyche&Brain en 2017, retrouve une actualité brûlante avec la diffusion de photos intimes de certains participants de téléréalité.

Les termes "sextape" et "sexting" (envoi de photos ou messages à connotation sexuelle) génèrent respectivement 43 et 16 millions de résultats sur Google. Ce phénomène touche un large public. Des stars comme Pamela Anderson, Kim Kardashian ou Jennifer Lopez ont vu leurs vidéos intimes se propager en ligne. Mais M. Tout-le-Monde s'y adonne aussi.

Selon un sondage Ifop de 2013, un quart des Français âgés de 15 à 24 ans avouent s'être filmés ou photographiés nus, ou envisagent de le faire. En 2014, 11 % des adultes français déclaraient avoir réalisé une vidéo intime avec leur partenaire. Chez les moins de 35 ans, la pratique a doublé en cinq ans (Ifop).

La sex tape peut rapidement devenir un outil de vengeance ou de chantage.

En Belgique et aux Pays-Bas, le phénomène n'est pas marginal. Chez les jeunes Belges, 8 % pratiquent occasionnellement le sexting, et un quart ont reçu une telle image (étude Apetaart Years 2016, LINC, Mediaraven, Université de Gand). Aux Pays-Bas, 23 % des élèves du secondaire s'y adonnent parfois, et près de 60 % en ont reçu (Sense, 2014). Près d'un Néerlandais adulte sur dix a filmé un rapport intime (sondage Maurice de Hond, 2016).

Le risque de diffusion est réel et peut ruiner une réputation. Pourtant, beaucoup s'y lancent. Pourquoi ?
Les hommes y voient souvent une preuve irréfutable de leurs exploits audacieux.

Porno amateur versus authenticité

La sex tape évoque le porno "amateur", montrant des couples dans leur intimité quotidienne. Ce genre, perçu comme authentique, connaît un essor fulgurant. Les consommateurs préfèrent ces vidéos réelles aux productions professionnelles, souvent artificielles avec éjaculations simulées, cris forcés ou érections prolongées chimiquement.

Ces vidéos mettent en scène des adultes consentants, filmés par plaisir ou exhibitionnisme. Cela libère le spectateur de toute culpabilité. Certaines sont bel et bien amateurs ; d'autres imitent ce style avec des acteurs.

Toutefois, même ces productions peinent à rivaliser avec la réalité. "Aucune de mes relations n'a ressemblé à ce désir total à l'écran", note la psychologue Kristina Hofer (Université de Vienne) dans ses études sur les consommateurs de porno.

La sex tape comble ce manque d'authenticité : filmée par soi-même, elle garantit le réalisme absolu, sans tricherie.

Cet idéal peut tourner au cauchemar si les images sont diffusées publiquement. Partagées initialement en couple, elles deviennent armes de "revenge porn" lors d'une rupture. Internet amplifie les dégâts, avec des cas tragiques comme des suicides d'adolescents.

Motivations psychologiques et risques

Regarder du contenu érotique active des réactions neurochimiques addictives. L'effet est décuplé en se voyant soi-même : fierté virile pour les hommes, excitation du taboo pour les deux sexes.

Les femmes y voient souvent un cadeau altruiste pour leur partenaire, mêlé d'identification à une "star" porno ou de fantasmes exhibitionnistes (études Université Queen's, Canada, 2007 ; étude personnelle 2009).

Jennifer Bossio (Université de Kingston, 2014) montre que les hommes ressentent une excitation accrue en rôle dominant, prouvant leurs prouesses.

Accessible et excitante, la pratique interroge : éducation sexuelle et émotionnelle indispensable pour prévenir scandales comme celui de Valbuena. Prudence primordiale auprès des jeunes.


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