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Surtraitement médical : La médecine moderne rend-elle les bien-portants malades ?

La médecine moderne excelle dans le traitement des malades, mais elle expose aussi les personnes en bonne santé à des risques inutiles. Dépistages excessifs, chirurgies superflues et surconsommation de médicaments : sommes-nous tous devenus patients ?

Surtraitement médical : La médecine moderne rend-elle les bien-portants malades ?

La médecine moderne guérit mieux les malades, mais rend malades les bien-portants

Le tableau de bord d'une voiture moderne s'illumine de voyants signalant tout dysfonctionnement. Utile pour prévenir les accidents, ces alertes s'allument parfois sans raison, générant stress et coûts inutiles. Selon le Pr Gilbert Welch, auteur de Overdiagnosed : Making people sick in the pursuit of health, la médecine suit un schéma similaire : en cherchant à détecter précocement toute anomalie, elle crée du "surdiagnostic" et du "surtraitement". Des millions de personnes sont ainsi traitées pour des affections inoffensives ou inexistantes.

Un drame inévitable ?

La mort subite d'un jeune athlète est une tragédie. Certains cardiologues plaident pour un dépistage systématique des malformations cardiaques chez les sportifs. Mais est-ce efficace ? Le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) belge juge inutile un dépistage généralisé chez les jeunes, faute de preuves solides, tout en tolérant un screening pour les athlètes de 14-34 ans, invoquant un "soutien public".

Hans Van Brabandt, cardiologue au Center for Evidence-Based Medicine (CEBAM) et au KCE, critique cette approche : "C'est de la médicalisation pure. Des jeunes sains deviendraient 'patients cardiaques' à vie." L'exemple italien, avec dépistage obligatoire depuis 1982, montre 9 000 examens approfondis pour 100 000 jeunes, 2 000 exclus de compétition, sans preuve de réduction des morts subites (toujours ~1/100 000).

Celui qui cherche trouve toujours

"Tous les dépistages nuisent ; certains bénéficient aussi", résume le débat, surtout pour les cancers. Des scanners détectent des tumeurs minuscules, souvent bénignes : elles régressent spontanément ou progressent trop lentement.

Le cancer de la prostate illustre cela : autopsies révèlent 50 % des hommes de 50 ans porteurs, 80 % après 70 ans. Le test PSA, généralisé depuis 1990, multiplie les biopsies (jusqu'à 40 prélèvements). Traitements entraînent incontinence (20 %) et impuissance (70 %). Risque de surdiagnostic >60 %. Pas de programme public en Belgique ou aux Pays-Bas, mais 470 000 tests PSA en 2011 (RIZIV). Remboursement limité depuis 2012 aux cas à risque.

La moitié des cinquantenaires a un cancer de la prostate latent. Les traitements causent souvent incontinence et impuissance.

Pour le sein, dépistage public 50-69 ans (74 aux Pays-Bas). Chez les <50 ans, risque élevé de faux positifs et radiation induisant cancers (1/1 000). Pourtant, 40 % des 40-49 ans et 15 % des 35-39 ans passent des mammos "diagnostiques" (souvent dépistages déguisés, per KCE).

Médecine postale

Les pratiques varient par région : hernies opérées x2, prostates x3, prothèses x4 aux Pays-Bas. En Belgique, césariennes, hystérectomies et scans thyroïdiens +40 % à Bruxelles/Wallonie expliquent l'incidence accrue du cancer thyroïdien. Internationalement, Belgique : x3 tomodensitogrammes, stents x2 vs. Pays-Bas (427/100 000 vs. 166).

Ces écarts signalent sur- et sous-traitement, surtout en non-urgent. KPMG lie volumes chirurgicaux à bénéfices patients (inférieurs en zones suractives).

Pré-maladies

Seuils abaissés (pré-hypertension, pré-diabète) élargissent le vivier de patients. Médicaments anti-cholestérol ou hypotenseurs souvent inutiles chez les frontaliers. Liens pharma-experts contestés (11/12 pour pré-HTA financés par industrie).

Les seniors reçoivent des médicaments pour des maux qu'ils n'ont pas.

30 % asthmatiques sous traitement injustifié. Seniors : prescriptions périmées, combos risqués (Pr Sophia de Rooij, Amsterdam).

Offre et demande

Causes : peur du mal, offre high-tech (30 robots prostate en Belgique), rémunération à l'acte, accréditations volume-dépendantes. Patients pressent pour tech dernier cri (stents vs. aspirine). Solutions : info équilibrée (Raf Mertens, KCE), registries régionaux, peer-review (Lieven Annemans), inscription GP obligatoire. Santé comme norme incite l'"anxiété des bien-portants" (Ignaas Devisch).

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