Cette question a lancé les recherches pionnières du neurochirurgien Wilder Penfield, suite à l'une des expériences les plus controversées de l'histoire, tant sur le plan éthique que méthodologique.
Wilder Penfield (1891-1976), géant de la neurochirurgie américano-canadienne, est célèbre pour son homoncule moteur – cette représentation cartographique du cortex cérébral indiquant les zones responsables des mouvements corporels. Il a révolutionné le traitement de l'épilepsie sévère par la neurostimulation, mais sa quête allait plus loin, explorant les mystères de l'esprit humain : hallucinations, illusions, déjà-vu...

Cette fascination l'a conduit à une hypothèse audacieuse : démontrer quantitativement l'existence de l'âme humaine, un domaine souvent réservé aux religieux ou aux charlatans.
La quête de preuves matérielles pour l'incorporel n'est pas si marginale. Elle traverse les siècles, oscillant entre religion, science et pseudoscience. Johann Conrad Dippel (1673-1734), né au château de Frankenstein, incarne cela. Médecin, théologien et alchimiste, accusé d'hérésie, il expérimentait prétendument sur des cadavres pour transférer les âmes via des appareils ingénieux – écho au roman de Mary Shelley.
La recherche de preuves matérielles de l'incorporel est moins marginale qu'on ne le croit parfois.
Vrai ou légende, Dippel s'intéressait à la transmigration des âmes. L'alchimie, précurseur de la chimie moderne, nourrissait cette fascination, toujours vivante aujourd'hui.
En 1907, le New York Times titrait : "L'ÂME A DU POIDS, PENSE LE MÉDECIN", annonçant l'étude de Duncan MacDougall dans le Journal of the American Society for Psychical Research. Ce médecin de famille pesa six mourants tuberculeux : perte moyenne de 21 grammes au décès, censée être le poids de l'âme. Testé sur chiens (aucune perte), cela inspira films et chansons comme 21 Grams.

Malgré critiques (échantillon faible, mesures imprécises), l'expérience fascine. MacDougall prévoyait même de photographier l'âme.
Critiquée scientifiquement, elle inspire encore. Le cardiologue Michael B. Sabom (1982) évoqua une conscience quittant le corps lors d'EMI. Roger Penrose et Stuart Hameroff, via la théorie Orch-OR, lient conscience quantique (microtubules cérébraux) à l'immortalité potentielle : "Comme une âme".
Revenons à Penfield. Lors d'opérations, il stimulait le cortex, déclenchant mouvements et souvenirs vifs, mais pas volonté ni libre arbitre. Fasciné jusqu'à sa mort, il ne trancha jamais : l'âme existe-t-elle au-delà du cerveau ?
Sommes-nous corps mortel ou duo corps-esprit immortel ? Cette interrogation millénaire perdure.
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