En période de crise, il est tentant de scruter l'avenir à travers une boule de cristal pour y puiser espoir et réconfort, observe le psychologue Vittorio Busato.
"Après cette crise, nous ne pourrons pas simplement reprendre nos habitudes", déclare Kim Putters, directeur du Bureau de planification sociale et culturelle (SCP) et élu Néerlandais le plus influent en 2019 par De Volkskrant. Cette crise du coronavirus touche notre société au plus profond et suscite de nombreuses initiatives positives, ajoute-t-il sur NOS en 2020. "Pour beaucoup, elle provoque une réflexion : il faut préserver cette collaboration."
En tant que psychologue, je suis impressionné par cette solidarité réconfortante et par la reconnaissance temporaire des métiers essentiels – femmes de ménage, employés de rayon, chauffeurs routiers, enseignants et soignants – qui forment l'épine dorsale de notre société. Souvent sous-valorisés en temps normal, ces professionnels méritent une rémunération juste et durable.
J'espère que des initiatives comme le site Dankaandezorg.nl, qui permet de soutenir numériquement les soignants, perdureront après la crise. De même, le projet de la présentatrice Britt Dekker, qui met des tablettes à disposition des personnes âgées isolées en maison de retraite, devrait se prolonger.
'Le monde est malade, et vous réfléchirez naturellement à votre propre vulnérabilité'
Mais la solidarité n'est pas universelle. Certains entrepreneurs ont profité de la pénurie de masques et d'équipements de protection pour les revendre à prix exorbitants aux ambulances, médecins généralistes et hôpitaux.
La solidarité a aussi ses limites face à un virus invisible qui bouleverse le monde. La plateforme d'investigation Follow The Money a révélé que la société pharmaceutique suisse Roche, leader du marché des tests, refuse de partager la formule de son réactif de base, empêchant les Pays-Bas de tester massivement, contrairement aux recommandations de l'OMS.
Politico Magazine est convaincu que le coronavirus transformera durablement le monde. Interrogeant 34 penseurs, il recueille des visions variées : Deborah Tannen, professeure de linguistique américaine, prévoit une méfiance accrue envers les contacts physiques et une normalisation de la communication en ligne sécurisée. Le sociologue Eric Klinenberg (NYU) annonce la fin de l'individualisme au profit d'une société plus solidaire. Tandis que Theda Skocpol (Harvard) craint une accentuation des inégalités de revenus.
Grand ou petit penseur, en crise, il est humain de projeter un avenir positif dans l'incertitude. Le monde souffre d'un isolement inédit qui révèle notre vulnérabilité. On y puise alors espoir dans de Grandes Idées : un revenu universel boosté par la pandémie, ou la défaite électorale de Donald Trump et Jair Bolsonaro pour avoir minimisé le virus.
Bientôt, des évaluations scientifiques solides sur la gestion du COVID-19, la propagation virale et l'impact économique révéleront la réalité de cette solidarité. En attendant, en tant qu'observateur des tendances depuis mon bureau à domicile : après la crise, le peignoir deviendra la tenue de travail la plus prisée, même au bureau.