FRFAM.COM >> Science >> Santé

De vivre, tu meurs : Lettre d'un psychologue à ses parents sur la crise Covid-19

Le psychologue Vittorio Busato, isolé de ses parents, leur écrit une lettre personnelle pour réfléchir aux conséquences à long terme de la crise du Covid-19.

Chers maman et papa,

Cet isolement social me donne envie de vous écrire une lettre à l'ancienne !

Nous revenons du monument Indes-Pays-Bas, juste au coin de la rue. L'étang de pierre est à sec, parfait pour que votre petit-fils Pierpaolo y dépense son énergie débordante. Il y a une semaine, il s'est fait une nouvelle petite amie, Evi, deux ans de plus que lui. Chaque jour, il veut vérifier si elle est là. Quand elle est repartie avec sa fille au pair, Evi m'a donné une pierre : « C'est pour toujours », a-t-elle dit.

Pour toujours... J'ai parfois l'impression que cette crise Covid-19 est éternelle. Pendant des semaines, une morosité m'a submergé. Je ne nie pas boire un peu plus – du bon vin et un excellent whisky, rien d'alarmant. Et corona ou pas, nous mangeons bien tous les jours. J'adore cuisiner, surtout le risotto que Pierpaolo et Pensiri apprécient. Remuer consciemment le riz pendant vingt minutes a un effet apaisant. Peut-être lancerai-je une thérapie par le risotto !

Difficile de garder nos distances avec vous, groupe à risque. Ma tête comprend, mais mon cœur souffre. Papa, tu auras bientôt 80 ans, maman 76, et Pierpaolo 3. Ne pourrions-nous pas nous asseoir dans votre jardin à distance de sécurité pour fêter ces trois anniversaires ?

« Si vous êtes en Thaïlande un mois, on ne vous voit pas non plus », avez-vous répondu. « Mieux vaut pécher par excès de prudence. »

Tous les nez dans la même direction, mais qui regarde en arrière ou sur le côté ?

Je respecte votre souhait, sans enthousiasme. Heureusement, vous êtes asymptomatiques et ensemble. Imaginez si vous étiez en maison de retraite ou séparés ! Sans minimiser la souffrance physique des infectés, le Covid-19 est surtout un virus socialement cruel. Il impactera le système immunitaire psychologique de tous. Je crains de devoir longtemps raviver ma foi en l'humanité ; pour l'instant, je vois les autres comme des zombies potentiels.

Il faudra du temps pour dresser le bilan exact de la pandémie. Quelle approche optimale ? Je mise sur celle de la Corée du Sud : tests massifs en drive-in dès la première semaine, traçage des contacts via la technologie, isolation rapide. Résultat : hôpitaux préservés, mortalité basse, économie protégée. La critique occidentale portera sur la vie privée, mais n'est-elle pas illusoire aujourd'hui ?

Tous les nez dans la même direction : tel est le mantra du gouvernement néerlandais. Mais qui regarde ailleurs ? Ira Helsloot, professeure de gestion de la sécurité à l'université Radboud de Nimègue, ose la controverse. Selon elle, ces choix nuisent plus à la santé publique qu'ils ne profitent. « Le gouvernement se focalise sur les hôpitaux surchargés et les morts "ordonnées". Regardez ce qui se passe sous vos yeux et les dommages futurs bien plus graves. »

Le Covid est-il la cause du décès ? Ou la goutte d'eau qui fait déborder le vase ?

De vivre, tu meurs. Les stats montrent que les plus de 70 ans et fragiles meurent surtout. Le virus est-il la cause directe, ou la paille fatale ? Discutable. Le vrai taux de mortalité est probablement plus bas : infections dix fois plus nombreuses que confirmées, selon les experts. L'RIVM ne suit pas les guérisons, sans déclaration obligatoire – comme si les impôts étaient évalués sans suivi des paiements !

Votre petit-fils veut regarder Peppa Pig. Je conclus par Mattias Desmet, professeur de psychologie clinique à Gand : « Notre réponse au virus dépend non des faits, mais du récit bâti autour. Cette crise est psychologique, une peur massive injustifiée créant de vrais problèmes. » (Le Matin, 2020)

Gros bisous et amour ! On appelle bientôt, mais je rêve de vous serrer dans mes bras. Restez forts, en santé, critiques !


[]