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Le coronavirus augmente-t-il les psychoses et dépressions ? Une étude clé en Belgique

Une nouvelle étude examine le lien entre les infections au coronavirus et les admissions en psychiatrie sur un an.

Cette recherche, lancée la semaine dernière, réunit le Centre psychiatrique universitaire de Duffel et l’Université d’Anvers.

Les chercheurs anticipent un impact plus marqué chez les patients atteints de troubles psychiatriques graves. « Le lien entre infections virales ou bactériennes et troubles psychiatriques sévères est connu depuis des siècles », explique Manuel Morrens, psychiatre au Centre psychiatrique universitaire de Duffel et professeur à l’Université d’Anvers. « La peste, la grippe espagnole et l’épidémie de SRAS en sont des exemples. À l’époque, les médecins observaient des troubles plus graves comme psychoses, dépressions majeures, suicidalité et manie. » Cependant, le professeur Jim Van Os tempère : ces observations ne prouvent pas une incidence accrue (nouveaux cas dans la population). « À l’époque de la peste ou de la grippe espagnole, il n’existait pas d’études d’incidence. Pour le SRAS, aucune hausse claire des psychoses n’a été observée, malgré des spéculations. L’incidence est difficile à mesurer sans registres fiables et diagnostics uniformes. »

« Le lien entre infections et troubles psychiatriques graves est connu depuis des siècles » Manuel Morrens

À Duffel, les effets de la crise COVID-19 se font sentir dans le service fermé. « Les patients admis présentent des psychoses plus intenses et sévères, souvent mêlées de dépressions. Le psychiatre-chef n’a jamais vu autant de cas graves en 30 ans de carrière », note-t-on. Sans données globales pour la Flandre ou les Pays-Bas, Morrens s’appuie sur des études antérieures sur d’autres coronavirus pour prédire une hausse des tendances suicidaires et un doublement du risque psychotique.

Pourquoi ce lien ? Le système immunitaire joue un rôle central, selon Morrens. « Les infections virales l’activent. Chez les patients psychotiques, souvent hypersensibles, cela provoque une réaction excessive. » Jim Van Os nuance toutefois la connexion avec la schizophrénie, en raison de la variabilité des paramètres immunitaires étudiés.

Les chercheurs anticipent une hausse des psychoses et tendances suicidaires

Une infection au coronavirus, activant le système immunitaire, accroîtrait le risque psychotique, comme lors du SRAS : « Les infectés avaient deux fois plus de risques de psychose que d’autres troubles. Pour la grippe espagnole, Karl Menninger notait que deux tiers des psychoses étaient transitoires, liées au virus. »

Le stress pandémique exacerbe aussi les épisodes chez les vulnérables : « Couverture médiatique, peur et isolement social sont des déclencheurs. »

« Les patients admis présentent des psychoses plus intenses et sévères »

Les mesures de confinement perturbent enfin la stabilité : « La maîtrise de la psychose repose sur des rencontres régulières, médicaments et structure quotidienne via l’hospitalisation de jour. Sans cela, les rechutes s’accélèrent. »

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