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Faire son deuil en période Covid-19 : l'importance de voir, toucher et sentir la perte

Quelle est la meilleure façon de traverser le deuil en pleine crise Covid-19 ? Eos a interrogé la psychiatre et psychothérapeute Uus Knops : « Malgré toutes les restrictions, le processus de deuil peut rester profondément beau et significatif. »

Chaque jour, les chiffres des décès nous rappellent la proximité de la mort. La perte et le chagrin font partie intégrante de la vie, mais dire au revoir et faire son deuil doivent s'adapter aux contraintes imposées par la pandémie.

« Quand nous apprenons seulement qu'une personne est décédée, il est difficile de réaliser pleinement. C'est une information rationnelle, comme connaître pi ou les tables de multiplication. Mais voir, sentir et toucher la réalité permet à notre cerveau d'intégrer la perte de manière profonde », explique Knops.

En plus de son expertise auprès de personnes en deuil, Knops partage son expérience personnelle. Elle a perdu son frère à 23 ans lors d'un voyage au Venezuela. Sa mort n'a été confirmée que des mois plus tard, et son corps rapatrié plus d'un an après. La famille n'a jamais pu lui dire au revoir.

« L'adieu physique est souvent impossible. Aussi douloureux que ce soit, il est possible de le surmonter. » Uus Knops

Même aujourd'hui, de nombreuses familles ne peuvent pas être présentes aux derniers instants. Demandez par exemple à une infirmière de prendre des photos des derniers jours ou de l'électrocardiogramme montrant l'arrêt cardiaque. Vous n'êtes pas obligé de les regarder immédiatement, mais cette trace visuelle aide à la réalisation et touche différemment. Malheureusement, le contact tactile est souvent absent. Aussi difficile soit-il, c'est gérable.

Équilibre entre perte et reconstruction

« Le deuil est un processus unique et universel », décrit Knops. La théorie des cinq étapes – du déni à l'acceptation en passant par la colère, la négociation et la dépression – est quelque peu dépassée.

« On parle plutôt de modèle à double processus, avec lequel je suis d'accord. » Cette théorie postule un va-et-vient entre deux pôles : celui de la perte, où l'on gère activement le chagrin (souvenirs, organisation des funérailles), et celui de la restauration, où l'on reprend pied dans la vie (redécorer une chambre, retourner au travail). « Ces deux pôles sont universels. Chaque endeuillé navigue entre eux de façon unique, pour le reste de sa vie, comme un mouvement perpétuel », ajoute Knops.

Le traitement de la perte n'implique pas la finitude : on apprend à vivre avec. Les vagues de tristesse s'espacent, s'atténuent, mais reviennent parfois.

« Un rituel marque une période : avant et après. » Uus Knops

« La crise Covid-19 offre du temps pour la phase de perte, mais complique la restauration. En quarantaine, les familles confrontées à un deuil récent ne peuvent fuir le vide palpable. »

Les rituels évoluent

Les funérailles sont limitées à 15 personnes, à distance. Quelle est leur importance ?

« Un rituel délimite le temps : avant et après. Il crée un sentiment d'unité et de reconnaissance. Le chagrin est partagé, allégé. La préparation est tout aussi cruciale », explique Knops.

« Certaines planifient leurs funérailles, mais cela peut freiner le deuil des survivants. Lors de la préparation, on se remémore ensemble : 'Quelle chanson aimait papa ?' Rire et évoquer font partie du processus. Je conseille de préparer les funérailles post-Covid dès maintenant. »

« Cette crise nous force à réduire le rituel à l'essentiel. » Uus Knops

« Les cérémonies intimes sont souvent très belles et intenses, d'après les pompes funèbres. On se concentre sur l'essentiel et on devient créatif. Pensez aux anniversaires en Covid : les plus intenses ! Sans les distractions, on découvre ce qui compte. Des amis surprise, des appels sincères, des colis personnalisés... Les gens font plus d'efforts. L'essentiel ressort, et c'est magnifique – pour la vie comme pour la mort. »

Sur wijrouwenmee.be, trouvez réconfort et idées pour le deuil en quarantaine.

Uus Knops a écrit Casper – un livre de deuil sur la perte de son frère (réimpression). Visionnez son webinaire sur le deuil en temps de Covid sur borgerhoff-lamberigts.be.

Le service de gériatrie et les soins palliatifs de l'UZ Gent étudient le deuil post-Covid-19. Perdu un proche ? Participez via leur questionnaire.


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