Sautes d'humeur, maux de tête, baisse de libido, thrombose... La liste des effets secondaires possibles de la pilule contraceptive est longue. Quelle est sa sécurité ? Quelles alternatives existent ? Le gynécologue Hendrik Cammu, chargé de cours à la Vrije Universiteit Brussel et affilié à l'UZ Brussel, répond à toutes vos questions.

Chargé de cours en gynécologie à la Vrije Universiteit Brussel et affilié à l'UZ Brussel.
"Cela reste rare. Environ 10 à 15 % des femmes ne sont pas satisfaites de la pilule. Les sentiments dépressifs et la baisse de libido sont les plaintes les plus courantes. Certaines présentent des symptômes proches du syndrome prémenstruel : elles sont plus sensibles aux hormones et risquent davantage de dépression, par exemple après une grossesse ou à la ménopause."
"D'autres rapportent une absence de désir sexuel. Ces 10-15 % me semblent même faibles, vu le fonctionnement hormonal de la pilule."
"La biologie est bien faite. Imaginez si les femmes étaient les plus excitées pendant les règles : un moment inadapté ! Le pic de libido survient naturellement autour de l'ovulation, pour favoriser la reproduction. La pilule supprime l'ovulation, rendant chaque jour similaire en termes de désir. Pas de pic en milieu de cycle."
'Imaginez si les femmes étaient les plus excitées pendant leurs règles. C'est un moment vraiment stupide.'
"Non, elle est totalement artificielle. Elle bloque le cycle : pas de variation hormonale entre le jour 1 et le 21. Dans un cycle naturel, l'œstrogène épaissit l'endomètre les deux premières semaines, la LH déclenche l'ovulation, puis la progestérone prépare l'implantation. La pilule fournit œstrogènes et progestérone quotidiennement : rien ne se passe. Pas d'endomètre, pas d'ovulation, juste un saignement artificiel à l'arrêt."
'Je ne prescrirais pas de pilule à des femmes qui ont déjà eu une thrombose.'
"Oui, sans impact sur la santé."
"Oui, la pilule peut les déclencher. Chez les migraineuses, les crises surviennent souvent en semaine de pause. Passer à la prise continue aide. Évitez-la en cas de migraine avec aura (éclairs visuels), car cela majore le risque thrombotique."
"Liées au progestatif. Exemples : Microgynon 30 (lévonorgestrel) : 5 cas/10 000 femmes/an ; Yasmin (drospirénone) : 9 ; Diane-35 : 12. Sans pilule : 2-3/10 000. Risque multiplié, mais faible individuellement. À l'échelle populationnelle, cela compte."
"Antécédents personnels ou familiaux de thrombose, tabagisme, obésité. Éviter absolument dans ces cas. Pour la majorité, aucun souci."
"Augmente de 10 % le risque de cancer du sein (cumulatif), mais réduit ceux de l'ovaire, utérus et côlon. Effet individuel minime : pas d'affolement."
"Pour règles abondantes (cause d'anémie) : halve la perte sanguine. Réduit les douleurs en supprimant l'ovulation. Prévisible, aide l'endométriose ou kystes ovariens. Certaines pilules (Diane) combattent acné et pilosité via anti-androgènes."
'La contraception doit être adaptée à l'individu. Qu'est-ce qui fonctionne pour vous ?'
"L'anneau libère les mêmes hormones localement : risques identiques (thrombose, aura). Le stérilet hormonal : progestatif local rend l'endomètre fin (règles quasi absentes), protection supérieure à la pilule ou stérilisation. Idéal post-35 ans sans désir d'enfant. Inconvénients : acné/poils chez minorité ; contre-indiqué cancer du sein."
"Préservatifs, stérilet cuivre (5 ans, inflammatoire : règles + abondantes/longueurs). Stérilets hormonaux en hausse (15 %), pilule en baisse (40 %)."
"Évaluer risques (HTA...), tester 3 mois. Effets secondaires précoces. Adapter : autre pilule ou méthode. Les femmes méritent expertise et explication."
Plus d'infos dans le podcast Période de Liesbeth Gijsel. Épisode 2 : Zoé (25 ans) sur sa pilule et humeurs ; Sarah (38 ans) sur trouble dysphorique prémenstruel. Épisodes ici ou en app podcast.
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