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Pourquoi rions-nous du malheur des autres ? La psychologie de la jubilation

Vous riez des chutes maladroites d'autrui ou souriez devant l'erreur douloureuse d'un concurrent ? Ce phénomène, appelé jubilation ou schadenfreude, est universel. D'où vient ce plaisir face à la souffrance d'autrui ?

La jubilation est une émotion positive qui active les centres de récompense du cerveau, comme le noyau accumbens et le tegmentum ventral. Ces zones s'illuminent également lors de relations sexuelles, de consommation de substances ou de réception de compliments.

La jubilation survient généralement dans deux cas. Premièrement, elle procure un sentiment de justice : par exemple, quand une personne perçue comme indûment favorisée subit un revers. Certains nomment cela justice poétique.

Deuxièmement, elle renforce l'estime de soi par comparaison. Voir les autres en difficulté nous fait relativiser nos propres épreuves : « Au moins, ce n'est pas moi ! »

Les différences de genre sont notables : les hommes jubilent plus face aux échecs de performance ou de statut chez d'autres hommes, tandis que les femmes le font davantage devant des dégradations d'apparence chez leurs consœurs. Le plaisir est maximal si la personne est proche, l'enjeu important et le revers perçu comme juste.

Les personnes à faible estime de soi sont plus enclines à la jubilation

Des expériences confirment cela : après un faux test de QI inducing des pensées négatives, les participants trouvent plus drôles les vidéos d'embarras d'autrui.

La jubilation existe aussi au niveau collectif, comme la joie face à la défaite d'un club rival. Plus l'identification au groupe est forte, plus le plaisir est intense. Les Néerlandais, par exemple, savourent souvent les revers de l'équipe allemande de football, comme lors de la Coupe du monde 2010.

Sur le plan moral, les philosophes s'interrogent : est-ce condamnable ? La jubilation est acceptable si la souffrance est modérée et proportionnée, sans inciter à la violence. Rire d'une bêtise monumentale reste très humain.

Wilco van Dijk est professeur de psychologie à l'Université de Leiden. Il a étudié, entre autres, les différences de jubilation entre hommes et femmes, et son lien avec l'estime de soi.

La journaliste scientifique Anouk Bercht a recueilli ses explications pour l'agenda scientifique flamand.

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