Tout au long de sa carrière, Christine Van Broeckhoven, chercheuse de renommée internationale sur la maladie d'Alzheimer, a mené des études approfondies. Elle a réalisé que cette pathologie est bien plus complexe qu'initialement supposé. « Plus nous en comprenons les mécanismes, plus l'incertitude grandit », explique-t-elle.
Image : Geert Van de Velde
Avec le vieillissement de la population, le nombre de cas de démence explose. Dans trente ans, environ 100 millions de personnes seront touchées par une maladie neurodégénérative, majoritairement Alzheimer.
Les mécanismes biologiques à l'origine d'Alzheimer restent partiellement méconnus. Selon Van Broeckhoven, primée à maintes reprises, le système immunitaire joue un rôle clé depuis trente ans. L'équilibre lipidique, le vieillissement cérébral, l'hygiène de vie et les traumatismes crâniens (comme chez les boxeurs ou footballeurs) sont aussi des facteurs de risque. Associés à une prédisposition génétique, ils favorisent la démence.
« Nous saisissons en partie le processus d'Alzheimer, note-t-elle. Nous connaissons la voie biologique de la neurodégénérescence, liée aux lésions cérébrales typiques, notamment l'accumulation de la protéine amyloïde. »
« Depuis plus de vingt ans, les traitements anti-amyloïdes visent à ralentir la maladie chez les patients, sans grand succès. Cela s'explique peut-être par l'apparition tardive des plaques amyloïdes. Les nouvelles techniques de diagnostic – biomarqueurs dans le liquide céphalo-rachidien, scanners amyloïdes – révèlent leur présence 10 à 20 ans avant les symptômes. Une approche préventive précoce émerge : stopper l'accumulation protéique avant les dommages. »
« D'autres facteurs de risque entrent en jeu : génétique, âge, mode de vie, environnement. Les pesticides sont impliqués dans Parkinson ; une combinaison unique s'applique à chaque individu. Mauvaise alimentation ou alcool pour certains, pollution pour d'autres. »
« Si de l'amyloïde se trouve dans le cerveau, vous aurez certainement la maladie d'Alzheimer »Christine Van Broeckhoven
« Nous détectons le début du processus amyloïde, mais ignorons pourquoi la protéine coagule et mène à Alzheimer. Peut-être un dysfonctionnement neuronal ? Génétique, vieillissement, lipides... C'est multifactoriel. Guérir Alzheimer semble impossible tant c'est complexe. Mais retarder le processus est envisageable : exercice, alimentation saine, non-fumeur. Pas d'Alzheimer sans amyloïde. »

« L'activité sociale change tout, y compris pour les patients Alzheimer. Une étude montre l'effet positif de l'activation. Mieux vaut impliquer les résidents des centres de soins selon leurs goûts, comme regrouper les fans de rock 'n' roll aux Pays-Bas. »
« Les baby-boomers comme moi ont 5 % de risque en moins que la génération précédente, et la maladie survient plus tard. L'école obligatoire post-guerre porte ses fruits. Utiliser son cerveau continuellement la retarde. La retraite inactive à 60 ans accroît le risque. »
« Résistez par une alimentation saine, en restant actif socialement : nouvelles technologies, contacts familiaux, exercice collectif, lecture... Tout aide. »
Lisez l'intégralité de l'interview de Christine Van Broeckhoven dans Psyche&Brain, avec un dossier complet sur la démence.
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