Le multitâche est souvent perçu comme un signe de productivité. Pourtant, il suscite des frustrations chez beaucoup. Pouvons-nous vraiment en faire ? Que se passe-t-il dans notre cerveau ? Pourquoi persistons-nous ? La stagiaire Nele Lodewijckx interroge les experts Pieter Roelfsema (Netherlands Institute for Neuroscience), Kobe Desender (KU Leuven) et Senne Braem (UGent).
Kobe Desender : « Au sens littéral, cela signifie effectuer plusieurs tâches en même temps. Mais cela n'existe probablement pas. Considérez plutôt le multitâche comme un basculement constant entre les tâches. »
Desender : « Pour chaque tâche, votre cerveau détermine comment l'exécuter. Il établit un plan d'action adapté au contexte. Par exemple, freiner en voiture se fait avec le pied, à vélo avec les mains. Ce reparamétrage est nécessaire même pour des changements mineurs. »
Desender : « Alterner les tâches consomme une part de votre concentration, qui est limitée. Des études montrent que l'activité du cortex préfrontal diminue après une longue focalisation. L'impact du multitâche est encore plus marqué. »
Senne Braem : « L'attention saute alors plus vite entre les tâches, même sur des détails insignifiants. Les multitâcheurs s'égarent plus facilement que ceux focalisés sur une seule tâche. »
Braem : « Nos recherches confirment que les participants rechignent à switcher. Dans un test, nous leur avons demandé d'exécuter des tâches dans un ordre aléatoire. Pourtant, ils évitaient autant que possible les changements. »
Braem : « Parce que cela procure une satisfaction immédiate à chaque tâche accomplie. Notre environnement, comme les algorithmes des réseaux sociaux, renforce ce sentiment avec de petites récompenses dopaminergiques. »