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COVID-19 : hausse sous-estimée des décès maternels chez les femmes enceintes aux États-Unis

La grossesse impose une pression médicale considérable sur le corps humain, comme en attestent de nombreuses mères américaines. Les États-Unis affichent les taux de mortalité maternelle les plus élevés parmi les pays à revenu élevé, et des études montrent que le COVID-19 a aggravé cette situation.

Un rapport du National Center for Health Statistics (NCHS), publié début 2023, révèle que le virus a eu un impact disproportionné sur les femmes enceintes, avec une hausse de 18 % de la mortalité maternelle en 2020 par rapport à 2019. L'augmentation globale de la mortalité aux États-Unis était de 16 %, indiquant un effet plus marqué chez les femmes enceintes. Cependant, une nouvelle analyse des universités du Maryland et de Boston, publiée le 28 juin dans JAMA Network Open, estime que cette hausse était en réalité proche du double, soit environ 33 %. L'étude met aussi en lumière un impact plus sévère sur les mères hispaniques, noires et non blanches.

Marie Thoma, professeure adjointe à l'École de santé publique de l'Université du Maryland (UM), et Eugène Declercq, professeur à l'École de santé publique de l'Université de Boston (UB), ont comparé les données de mortalité maternelle de 2018 à mars 2020 (période prépandémique) à celles d'avril à décembre 2020. Cette analyse plus granulaire diffère du rapport NCHS, qui comparait l'année entière 2020 à 2019, malgré les disruptions liées au COVID.

Les chercheurs ont regroupé les trois premiers mois de 2020 avec des années antérieures pour stabiliser les données pré-pandémiques, confirmant leur similarité aux tendances pré-COVID.

"Nous avons isolé les trois premiers mois de 2020, car ils n'étaient pas affectés par la pandémie, évitant ainsi de diluer le taux de mortalité maternelle", explique Thoma. "La hausse s'est concentrée sur les neuf mois suivant le début de la pandémie."

Globalement, Thoma et Declercq observent une augmentation de 33 % des décès maternels pendant la pandémie, et de 41 % pour les décès tardifs. Le COVID-19 a exacerbé les disparités : +40 % chez les Noires non hispaniques et +74 % chez les Hispaniques. Chez ces dernières, le taux dépasse pour la première fois depuis plus d'une décennie celui des Blanches non hispaniques.

L'analyse des causes, absente du rapport NCHS, montre des hausses majeures pour les maladies respiratoires/infections virales (liées au COVID) et le diabète/maladies cardiovasculaires (aggravés par le virus). Thoma note que les disruptions des soins prénatals ont pu contribuer à retarder les traitements.

Les disparités raciales sont flagrantes : le COVID est listé comme cause secondaire dans 32 % des décès hispaniques, 12,9 % des Noirs et 7 % des Blanches non hispaniques, contre 15 % globalement. Cela reflète les taux de mortalité COVID plus élevés chez les Hispaniques en 2020.

L'analyse des données reste complexe : le COVID est parfois cause contributive, parfois via des symptômes comme les troubles respiratoires.

"Clarifier si le COVID-19 est une cause sous-jacente ou contributive aiderait les soignants à adapter les traitements", souligne Thoma.

Publiée comme lettre de recherche descriptive, cette étude appelle à des analyses approfondies. Thoma prévoit d'explorer davantage les liens causaux.

"Nous avons publié rapidement pour alerter sur l'ampleur du problème, suite à nos interrogations sur le rapport NCHS", ajoute-t-elle.

Avec les données 2021 à venir, Thoma s'interroge sur l'impact des vaccins COVID et de l'American Rescue Act, qui étend la couverture Medicaid post-partum à un an dans certains États. "Ces mesures pourraient améliorer les taux", estime-t-elle.

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