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Déjà-vu : la science explique ce sentiment étrange de familiarité

Si vous avez déjà ressenti une situation comme étrangement familière, alors que vous savez pertinemment qu'il s'agit de votre première fois, comme lors d'un voyage dans une ville inconnue, vous avez vécu le déjà-vu. Ce terme français, signifiant « déjà vu », associe une connaissance objective – vous savez que cela ne devrait pas être familier – à une impression subjective de familiarité persistante.

Le déjà-vu est un phénomène courant. Selon une étude de 2004 compilant plus de 50 enquêtes, environ deux tiers des personnes en ont fait l'expérience au moins une fois, et beaucoup plusieurs fois. Ce pourcentage augmente avec la sensibilisation au phénomène.

Le déjà-vu est souvent décrit visuellement, mais il n'est pas limité à la vue : même les personnes nées aveugles peuvent le vivre.

Mesurer le déjà-vu

Étudier le déjà-vu en laboratoire est ardu en raison de son caractère éphémère et de l'absence de déclencheur clair. Les chercheurs sondent les participants, analysent les processus mémoriels ou conçoivent des expériences spécifiques.

Compte tenu de ces défis, de multiples hypothèses explicatives ont émergé. Voici les plus pertinentes.

Hypothèses basées sur la mémoire

Ces théories posent que vous avez vécu une situation similaire sans en avoir un rappel conscient, mais avec un rappel inconscient provoquant cette familiarité inexplicable.

Familiarité d'un seul élément

Cette hypothèse suggère que le déjà-vu survient quand un élément isolé d'une scène est familier, mais non reconnu consciemment en raison d'un contexte nouveau – comme croiser son coiffeur dans la rue. Le cerveau étend cette familiarité à l'ensemble de la scène. D'autres variantes impliquent plusieurs éléments.

Familiarité gestalt

Ici, l'accent est mis sur l'organisation spatiale : le déjà-vu émerge d'une configuration similaire à une expérience passée oubliée. Par exemple, un tableau au-dessus d'un canapé face à une bibliothèque, vu dans une autre pièce auparavant.

Cette théorie est testable. Une étude en réalité virtuelle a montré que des participants exposés à des pièces similaires ressentaient plus de familiarité et de déjà-vu pour une nouvelle pièce ressemblante, sans se souvenir des originales.

Hypothèses neurologiques

Activité cérébrale spontanée

Ces modèles invoquent une activation neuronale fortuite dans les zones mémorielles, générant un faux sentiment de familiarité. Chez les épileptiques du lobe temporal, une stimulation électrique préopératoire peut déclencher un déjà-vu.

Un chercheur attribue cela à un dysfonctionnement aléatoire du système parahippocampique, impliqué dans la reconnaissance de familiarité. D'autres impliquent un réseau plus large de structures mémorielles.

Vitesse de transmission neuronale

Ces théories mettent en cause des retards ou accélérations dans la transmission d'informations vers les zones d'intégration supérieure, perturbant la perception et mimant un déjà-vu.

Quelle est la bonne explication ?

Aucune théorie ne fait consensus, mais toutes convergent vers une erreur temporaire de traitement cognitif. Les chercheurs poursuivent des expériences plus précises pour trancher.

Sources

  • États du bout de la langue et phénomènes associés. Éd. Bennett L. Schwartz et Alan S. Brown. Cambridge University Press, New York, NY, 2014. Lien
  • C. Moulin. La neuropsychologie cognitive du déjà-vu. Routledge, 2018. Lien
  • Bartolomei, F., et al. « Étude par stimulation corticale du rôle du cortex rhinal dans le déjà-vu... » Neurology, 2004. doi:10.1212/01.wnl.0000137037.56916.3f.
  • J. Spatt. « Déjà-vu : mécanismes parahippocampiques possibles. » Journal of Neuropsychiatry and Clinical Neurosciences, 2002. doi:10.1176/jnp.14.1.6.
  • Cleary, A. M., et al. « La familiarité de la configuration... » Consciousness and Cognition, 2012. doi:10.1016/j.concog.2011.12.010.
  • A. S. Brown. L'expérience déjà-vu. Routledge, 2004. Lien
  • A. S. Brown. « Une revue de l'expérience déjà-vu. » Psychological Bulletin, 2003. doi:10.1037/0033-2909.129.3.394.
  • Bartolomei, F., et al. « Interactions rhino-hippocampiques... » Clinical Neurophysiology, 2012. doi:10.1016/j.clinph.2011.08.012.

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