L'Académie royale des beaux-arts d'Anvers célèbre en septembre ses 350 ans de fondation, en 1663. Troisième plus ancienne académie des beaux-arts d'Europe, elle reste l'une des institutions d'enseignement artistique les plus prestigieuses de Belgique. Mémo Eos retrace son parcours exceptionnel.

Les 7 et 8 septembre, l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers commémorera le 350e anniversaire de sa création en 1663. Cela en fait la troisième plus ancienne académie d'art en Europe et l'une des plus anciennes écoles en Belgique.
Tout commence vers 1655. David Teniers (1610-1690), peintre de cour auprès de Léopold Guillaume d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas espagnols, échange des lettres avec Hendrik van Halmale, capitaine de la Guilde de Saint-Luc depuis 1655. Inquiets pour l'art anversois, ils constatent le déclin après Rubens et Van Dyck. L'atelier de Jacob Jordaens produit des œuvres en série, les réparations post-conflits religieux limitent les commandes ecclésiastiques, et la Contre-Réforme s'essouffle. Les imitateurs stéréotypés lassent les clients.
Crise économique
L'Europe traverse une récession : même les riches hésitent à acheter de l'art. La paix de Münster (1648) met fin aux guerres, mais le mercantilisme freine le commerce. Peintres, sculpteurs, luthiers et ébénistes anversois souffrent des barrières imposées par la République et la France.
Les guildes conseillent que l'Académie bénéficiera « à de nombreuses personnes » indirectement liées à l'art.
En France, Louis XIV et Colbert attirent les artistes à Paris via l'Académie royale de peinture et de sculpture (fondée en 1648).
Anvers reprend l initiative
David Teniers, conservateur de la collection archiducale et expert du marché, propose une école privée inspirée de Paris : dessin d'après modèles vivants pour former efficacement les apprentis.

Scène d'auberge de 1658 par David Teniers, cofondateur de l'Académie.
Pour financer l'école, Teniers et Van Halmale demandent un subside communal, approuvé par Philippe IV en 1663. La Guilde de Saint-Luc installe l'école à la Bourse en 1664.
Les salles sont ornées de cuirs dorés, portraits et tableaux patrimoniaux. Budget limité : focus sur dessin et modelage d'après nu. Description de F. Jos Van den Branden (1863) : salle éclairée à la suspension, chauffée au charbon, élèves sur bancs avec bougies, modèle derrière rideau bleu.
Première année : 26 octobre 1665 au 6 mars 1666, cours gratuits du soir par doyens comme Jordaens, Quellin, Bruegel, Francken.
Comportement turbulent
Succès mitigé : élèves indisciplinés, enseignants bénévoles peu autoritaires, guildes privilégient banquets. En 1694, nouvelles salles. Fermetures ponctuelles pour indiscipline ou finances (1714-1741).
La Guilde de Saint-Luc préfère dépenser pour banquets plutôt que chauffer l'Académie.
En 1740, Alexander van Papenhoven et collègues relancent l'école avec mécènes nobles. Succès : 75 élèves en 1741. En 1748, indépendance des guildes ; prix annuels par gouverneur. Concours festifs.
Hors corporations
1773 : décret impérial libère artistes des guildes, grâce à Andries Lens. Sous Napoléon, installation au monastère franciscain (Mutsaertstraat), avec musée didactique.

Aujourd'hui, l'Académie occupe l'ancien monastère franciscain, grâce à Napoléon.
Insuffisant pour Van Gogh
Sous van Brée, cours classiques jusqu'au XIXe siècle. Romantiques puis réalisme historique (Leys, Alma-Tadema, de Braekeleer). Van Gogh y séjourne brièvement (modèles gratuits) mais fuit le conservatisme. 1885 : Institut supérieur des beaux-arts.
XXe siècle : modernisme post-1918 (Opsomer), talents comme Mendelson, Gentils. Années 1930-1940 : expositions controversées. Après-guerre : mode (Prijot), happenings (Panamarenko). 1987 : « Les Six d'Anvers » en mode. Fusion 1996, réforme Bologne 2004.
(Extrait et adapté de Mémo Eos, n° 4, 2012)
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